- On observe une hausse des cas de rage chez les animaux sauvages et domestiques en Europe.
- Depuis 2021, des cas ont notamment été recensés en Pologne, Roumanie, Hongrie et Slovaquie.
- En 2025, un homme est décédé de la rage en Roumanie après avoir été mordu par un chien errant. C'était le premier cas survenu dans l'Union européenne depuis 2012.
Ces dernières années, une hausse des cas de rage chez les animaux sauvages et domestiques a été observée en Pologne, en Roumanie, en Hongrie et en Slovaquie. Cette situation préoccupe les experts de l’Anses car la situation géopolitique complexe de cette région d’Europe perturbe le contrôle de cette maladie transmissible à l’Homme.
La rage profite de la guerre en Ukraine
La première hausse importante des cas de rage a été observée en Pologne en 2021. Si auparavant on comptait moins d’une dizaine de cas d’animaux infectés par an, cette année-là, 113 cas dont 103 dans la faune sauvage (surtout des renards) avaient été identifiés. En 2022, la maladie avait aussi fortement progressé en Roumanie, en Hongrie et en Slovaquie. "Depuis, le virus continue de circuler, avec plusieurs dizaines de cas recensés certaines années et jusqu’à 109 cas identifiés en Roumanie en 2025", souligne l’Anses dans son communiqué.
Pour comprendre cette résurgence de la maladie, le laboratoire de la rage et de la faune sauvage de Nancy (LRFSN) a analysé des prélèvements effectués sur des animaux touchés par l'infection provenant des 4 pays d’Europe centrale ainsi que de Moldavie et d’Ukraine. Ces travaux, publiés dans la revue Emerging infectious Diseases en février dernier, montrent que le virus responsable des cas de 2024 survenus en Pologne et en Roumanie appartenait au groupe C de la rage. "Ce variant du virus rabique généralement présent dans le sud de la Russie, près du Kazakhstan, et dans l’est de la Turquie, n’avait pas été détecté sur le territoire de l’Union européenne depuis une dizaine d’années", indiquent les experts. Par ailleurs, l’agent pathogène s’ajoute au variant NEE, présent en Europe centrale depuis les années 1990.
Des campagnes de vaccination des renards
Outre la circulation de deux virus de la rage en Europe, les chercheurs ont une autre source d’inquiétude : la plupart des cas de rage détectés dans l’Union européenne étaient situés en moyenne à moins de 50 kilomètres des frontières avec l’Ukraine et la Moldavie. "La recrudescence de la rage en Europe est une illustration de l’impact des conflits armés sur la santé et la faune sauvage, souligne Emmanuelle Robardet, directrice du laboratoire de référence de l’Union européenne. Le virus circulait en Ukraine avant la guerre mais on sait que le nombre de cas a augmenté depuis. Il est possible d’imaginer que les moyens pour surveiller et contrôler la maladie ont été fortement perturbés. À titre d’exemple, la vaccination de la faune sauvage, qui se fait par largage du vaccin en avion, a été interrompue ou est réalisée manuellement et est donc plus difficile à mettre en œuvre." De plus, les experts avancent que le conflit s’accompagner d’une destruction des habitats et des ressources alimentaires des animaux, entraînant leur dispersion ainsi que celle du virus.
Pour tenter de freiner la circulation du virus de la rage, la Pologne, la Hongrie et la Slovaquie ont mis en place des campagnes de vaccination des renards roux, animaux particulièrement touchés par la maladie.
Rage : une maladie mortelle dans pratiquement 100 % des cas
"Le virus de la rage se transmet essentiellement par morsure, il circule principalement dans la faune sauvage mais il est susceptible d’infecter tout mammifère, dont l’être humain, prévient Evelyne Picard-Meyer, chargée de projet en virologie moléculaire au LRFSN. Sans vaccination, le virus de la rage risque de continuer à se propager chez le renard roux, augmentant le risque d’infection des populations."
Le virus de la rage peut être transmis par la salives des chiens, des chats, des renards, des chauve-souris et autres mammifères sauvages via une morsure, une griffure ou le léchage. ll infecte le système nerveux de la personne contaminée. "Il ne provoque pas de lésions physiquement visibles dans le cerveau mais perturbe les neurones, notamment le système nerveux autonome qui contrôle l’activité cardiaque ou la respiration. Après un à deux mois d’incubation en moyenne, l’individu atteint développe un tableau d’encéphalite", explique l’Institut Pasteur.
Les premiers signes sont assez généraux (fièvre, frissons, fatigue, insomnie, anxiété, irritabilité, maux de tête). Puis viennent les symptômes neurologiques :
- douleur, engourdissements ou démangeaisons sur le site de la morsure ou de la griffure ou près de cette zone ;
- faiblesse ou tremblements dans la partie du corps mordue, griffée ou léchée ;
- contractions musculaires ;
- difficulté à respirer et à avaler ;
- peur de l’eau ;
- hallucinations ;
- confusion ;
- agitation ;
- comportements agressifs ;
- difficulté ou incapacité à parler ;
- paralysie ;
- coma.
Lorsque les symptômes cliniques apparaissent, la rage est mortelle dans pratiquement 100 % des cas. Toutefois, la maladie peut être prévenue par la vaccination, si cette dernière est faite rapidement après la rencontre avec l’animal affecté.
La vigilance est de mise. L’Anses rappelle qu’un homme est mort de la rage en Roumanie en 2025 après avoir été mordu par un chien errant. "Il s’agissait du premier décès humain dû à la transmission de la rage par un animal terrestre dans l’Union européenne depuis 2012."


