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QUESTION D'ACTU

Accouchement prématuré

Grossesse et canicule : un risque sous-estimé pour les bébés ?

Une étude portant sur 36,6 millions de naissances montre que les fortes chaleurs augmentent le risque d’accouchement prématuré. Le problème pourrait s’aggraver dans les années à venir avec le réchauffement climatique.

Grossesse et canicule : un risque sous-estimé pour les bébés ? Bilanol / istock




L'ESSENTIEL
  • La chaleur extrême augmente le risque de naissance prématurée.
  • Les femmes en situation de précarité semblent particulièrement vulnérables.
  • Avec le réchauffement climatique, ce problème pourrait s’aggraver dans les années à venir.

Alors que les vagues de chaleur se multiplient un peu partout, une vaste étude internationale tire la sonnette d’alarme : les températures caniculaires pourraient mettre en danger les grossesses les plus fragiles et favoriser les accouchements prématurés, c’est-à-dire avant 8 mois et demi de grossesse (37 semaines d’aménorrhée). Un phénomène qui pourrait bien s’aggraver avec l’intensification du réchauffement climatique.

Publiée dans la revue Environment International, cette recherche est la plus vaste jamais réalisée sur le sujet : les scientifiques ont analysé 36,6 millions de naissances survenues entre 1979 et 2019 dans 250 villes de 13 pays, dont l’Espagne, les Etats-Unis, le Canada, le Brésil, l’Italie ou encore la Suisse.

Les fortes chaleurs associées à plus de naissances prématurées

Le constat est "sans ambiguïté : le risque de naissance prématurée augmente de manière linéaire avec la hausse des températures", écrivent les auteurs dans un article publié dans The Conversation. Le risque bondit de 2,8 % lors des journées de chaleur modérée, et de 3,8 % lors des épisodes de chaleur extrême. Les scientifiques estiment que 1,41 % de l’ensemble des naissances prématurées survenues durant l’été sont directement attribuables à la chaleur, soit environ 855 naissances prématurées supplémentaires pour un million de naissances. "Cet ordre de grandeur est comparable à celui d’autres facteurs bien établis. Il dépasse largement, par exemple, la contribution du tabagisme maternel [...] et se situe au même niveau que celle du paludisme."

Toutes les femmes enceintes ne sont pas affectées de la même façon, relève l’étude. Les jeunes mères célibataires, les femmes ayant un faible niveau d’éducation ou vivant dans des conditions socio-économiques difficiles sont plus exposées. Les chercheurs rappellent que ces populations vivent plus souvent dans des quartiers touchés par des îlots de chaleur urbains, ont moins souvent la climatisation et exercent davantage des emplois en extérieur. "Inégalités sociales et inégalités climatiques se superposent, et ce sont les femmes enceintes les plus vulnérables qui en paient le prix le plus lourd", résument les auteurs.

La chaleur pourrait agir comme un déclencheur du travail

Autre découverte : l’impact de la chaleur ne se limite pas aux naissances prématurées. L’étude montre aussi une augmentation des accouchements survenant entre la 37e et la 42e semaine de grossesse, pourtant considérés comme normaux. "La chaleur peut agir comme un facteur déclenchant du travail pour des fœtus qui, dans d’autres circonstances, auraient poursuivi leur développement normalement, expliquent les chercheurs. La fenêtre gestationnelle la plus sensible s’étend de la 31ᵉ à la 40ᵉ semaine, ce qui signifie qu’elle couvre à la fois des naissances prématurées tardives et des naissances à terme précoces."

Plusieurs mécanismes biologiques pourraient être impliqués : déshydratation, inflammation, stress oxydatif, diminution du débit sanguin vers le placenta ou encore augmentation des contractions utérines. Il faut aussi rappeler que les femmes enceintes sont particulièrement sensibles aux fortes températures, leur organisme produisant davantage de chaleur tout en ayant plus de difficultés à l’évacuer.

Dans un contexte où les vagues de chaleur deviennent "plus fréquentes, plus intenses et plus longues", les chercheurs estiment "urgent" d’intégrer ce risque dans le suivi des grossesses. Ils plaident aussi pour davantage "d’espaces verts, d’îlots de fraîcheur et de systèmes d’alerte précoce" afin de mieux protéger les futures mères.

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