- Jusqu’ici, les chercheurs pensaient que la narcolepsie avec cataplexie était due uniquement à la perte de neurones à hypocrétine dans l’hypothalamus.
- Une nouvelle étude montre qu’il existe aussi des dégâts dans une seconde région cruciale du tronc cérébral : le locus coeruleus, dont les neurones sont essentiels pour rester éveillé et maintenir le tonus musculaire.
- Cette double atteinte pourrait expliquer la somnolence extrême et la perte soudaine de tonus musculaire.
En 2000, des chercheurs de l'UCLA (États-Unis) ont identifié, pour la première fois, la cause de la narcolepsie : la perte de neurones à hypocrétine, un petit groupe de cellules nerveuses situées dans l’hypothalamus qui contribue à réguler l'éveil. Dans une nouvelle étude, ces derniers ont découvert que la narcolepsie avec perte soudaine de force musculaire (appelée cataplexie) impliquait la dégénérescence de neurones d’une deuxième région du cerveau. Pour parvenir à cette conclusion, les scientifiques ont, d’abord, utilisé des tissus cérébraux post-mortem provenant de 11 adultes atteintes de narcolepsie avec cataplexie et de cinq personnes "neurologiquement sains."
Narcolepsie : une perte neuronale observée dans le locus coeruleus
Les résultats, publiés dans la revue Nature Communications, ont montré que chaque patient narcoleptique présentait une perte neuronale importante au niveau du locus coeruleus. Les neurones du locus coeruleus sont des cellules nerveuses situées dans une petite structure du cerveau dans le tronc cérébral. Ces derniers produisent une molécule clé : la noradrénaline, un neurotransmetteur essentiel pour l’éveil, la vigilance, l’attention, la concentration la réponse au stress et la régulation du cycle sommeil et veille. "Cela fait du locus coeruleus un candidat de choix pour expliquer les deux symptômes caractéristiques de la narcolepsie : la somnolence et la cataplexie, contrairement à la seule dégénérescence neuronale de l'hypothalamus", a expliqué Thomas Thannickal, qui a dirigé les travaux.
Une implication immunitaire dans la dégénérescence des neurones
Selon les données, les participants narcoleptiques possédaient 46 % de neurones producteurs de noradrénaline en moins que les témoins, avec des pertes individuelles allant de 28 % à 66 %. L'équipe a également observé des signes de neuro-inflammation au niveau du locus coeruleus. Les cellules immunitaires du cerveau, appelées cellules microgliales, étaient plus de deux fois plus nombreuses chez les personnes narcoleptiques que chez les patients dits témoins et étaient plus grandes. "Un regroupement similaire de cellules microgliales a été observé autour des neurones à hypocrétine dans l'hypothalamus. (…) Ces résultats suggèrent un processus à médiation immunitaire, cohérent avec le lien bien établi entre la narcolepsie et certains gènes du système immunitaire."
Narcolepsie : "Nous n’avons considéré qu’une partie du problème"
Afin de mieux comprendre les mécanismes de la narcolepsie, les auteurs ont mené des expériences sur des souris et des chiens présentant ce trouble. Aucun des animaux n'a présenté de réduction du nombre de neurones du locus coeruleus. Selon les scientifiques, les lésions du tronc cérébral observées chez les patients ne sont pas donc simplement une conséquence de la perte d'hypocrétine, mais une caractéristique distincte de la maladie. "Ces travaux ne remettent pas en cause nos connaissances sur l’hypocrétine et la narcolepsie, mais ils suggèrent que nous n’avons considéré qu’une partie du problème. Comprendre l’ensemble des modifications neurologiques chez les patients narcoleptiques est essentiel si nous voulons développer des thérapies plus ciblées", a conclu Jerome Siegel, qui a participé aux recherches.



