• CONTACT

QUESTION D'ACTU

L’interview du week-end

Cancer : «Les soins de support sont essentiels dans le processus de rétablissement»

À quelques jours de la journée mondiale contre le cancer, le 4 février, Bérénice Deletang, médecin oncologue et présidente de l’association HOPE, revient sur l’importance des soins de support, souvent sous-estimée.

Cancer : \ Zbynek Pospisil/iStock




- Pourquoi docteur : En France, près de 3,8 millions de personnes vivent avec un diagnostic de cancer, selon la Fondation ARC. Si les progrès de la recherche et des soins ont permis d’améliorer les taux de survie, la phase dite "d’après-cancer" est souvent passée sous silence. Pourtant, la prise en charge de la maladie durant cette nouvelle étape est-elle essentielle pour se reconstruire durablement et mieux vivre avec son cancer ?

Dr Bérénice Deletang : Tout d’abord, lorsque l’on évoque "l’après-cancer", parle-t-on de la phase après la maladie ou celle après le traitement ? Car pour rappel, il existe deux types de cancer : celui dit "curatif", c’est-à-dire traité avec l’objectif de guérison. Dans ce cas, un traitement est suivi durant une période donnée. Pour l’autre type de cancer dit "palliatif", où la guérison n’est plus possible, la prise en charge vise à soulager les symptômes, contrôler la maladie et la qualité de vie.

Chez les personnes souffrant d’un cancer "curatif", les conséquences liées à la pathologie et aux traitements, comme la fatigue, le stress émotionnel, les douleurs post-opératoires causées par la mutilation chirurgicale, peuvent perdurer même si la maladie et les traitements sont terminés. Vivre avec un cancer, c’est un grand chamboulement. Les patients côtoient la mort de façon transitoire, ce qui impacte profondément leur santé mentale. Après le combat, ils restent sur le champ de bataille et doivent tout reconstruire : l’aspect psychologie, leur rapport à leur corps et aux autres ou encore le retour à la vie professionnelle. Cette nouvelle étape, propre à chaque patient, ne signifie donc pas nécessairement la fin du cancer. Pour certains, elle peut même être plus difficile à gérer que la phase de traitement.

Face à ces difficultés persistantes, le recours aux soins de support, souvent sous-estimés, est essentiel dans le cadre du processus de rétablissement. Ils désignent l’ensemble des soins et accompagnements qui peuvent être proposés à une personne atteinte de cancer pour lui offrir la meilleure qualité de vie possible. Dans le détail, ces pratiques complémentaires réduisent les effets secondaires des traitements, aident à la reconstruction psychologique, à restaurer l’image corporelle et à reprendre une vie sociale. Ce n’est pas prouvé, mais on pense que ces soins préviennent les rechutes psychologiques. Cela survient quelques années plus tard chez les personnes pour lesquelles la notion de cancer n'a pas été traitée dans toutes ces facettes au moment de la maladie ou durant la phase "d’après-cancer".

- Dans l’Hexagone, ces approches complémentaires sont-elles de plus en plus demandées ?

Je ne sais pas si on peut parler de "boom", mais de plus en plus de patients en bénéficient, car grâce aux traitements dont l’efficacité augmente, leur durée de vie est plus longue, mais ils vivent avec plus d’effets secondaires. Ainsi, leur qualité de vie diminue. Leur objectif est donc de vivre plus longtemps mais surtout en meilleure santé. Avant, les malades pensaient qu’il était normal d’être épuisé ou d’avoir des douleurs, car leur médecin les avait avertis au début du traitement. Avec les réseaux sociaux et les médias, la parole se libère, les langues se délient. Les patients s’écoutent plus et se plaignent plus. Afin de moins souffrir, ils se tournent davantage vers les soins de support.

- La France est-elle en retard dans la prise en charge des malades autrement qu’à travers les traitements médicaux ?

Non, pas vraiment. Les soins de support sont intégrés dans le plan cancer et de plus en plus de structures dédiées se développent. En France, mais comme dans de nombreux pays, l’un des problèmes reste les inégalités territoriales. Les patients ne vont pas bénéficier des mêmes soins et donc avoir les mêmes résultats en fonction de leur lieu de résidence. Il y a aussi un manque important de financement pour les soins de support. Résultat : il existe une dépendance aux milieux associatifs, qui dépendent des dons.

- Actuellement, quels sont les soins de support proposés ?

Plusieurs soins de support sont remboursés partiellement ou totalement par la Sécurité sociale. Dans la liste, on retrouve la gestion de la douleur, l’accompagnement diététique et nutritionnel, un soutien psychologique, les soins infirmiers, l’aide à la pratique d’une activité physique adaptée, un accompagnement social, familial, professionnel, la gestion des troubles de la sexualité, l’aide à l’amélioration de l’image de soi, la gestion des effets secondaires des traitements, tels que la fatigue et les soins palliatifs.

- Qu’en est-il des soins dits non conventionnels, comme l’acupuncture ou l’ostéopathie ?

Les soins, comme la sophrologie, l’hypnose, la chiropraxie ou l’auriculothérapie, sont totalement reconnus comme des médecines complémentaires. En revanche, ils ne sont pas pris en charge par l’Assurance Maladie, mais peuvent être remboursés par certaines mutuelles. Parmi les soins complémentaires, il y a également l’art-thérapie ou l’équithérapie, comme nous le proposons au sein de l’association HOPE.

- Comment se déroule l’accompagnement à travers ces autres méthodes que sont l’équithérapie et l’art-thérapie ?

L’art-thérapie et l’équithérapie sont proposées, gratuitement aux patients, car ces deux soins leur permettent de s’exprimer. Ici, le cheval, qui est un animal "miroir", est un médiateur dans la relation de soin. Il perçoit les émotions, même celles enfouies, grâce à des champs magnétiques étendues et les renvoie. En clair, si une patiente est en colère, le cheval va l’être aussi. Face à cette situation, elle peut avoir un déclic. En outre, le fait d’arriver à approcher un animal aussi impressionnant et imprévisible aide les malades à remettre les pieds sur terre et à reprendre confiance en elles. Pour l’art-thérapie, on se tourne vers le chant. Les patients peuvent écouter tout simplement les chevaux galoper autour d’eux ou se mettre à chanter.

Consultez notre ouvrage vidéo numérique,

seule une création de compte est requise pour y accéder.

Vous aimez cet article ? Abonnez-vous à la newsletter !

LES MALADIES