- Une récente étude montre que plus de 40 % des complications graves liées à la grossesse passent inaperçues si la santé des mères n’est surveillée que pendant la grossesse et l’accouchement.
- Les complications les plus fréquentes sont les hémorragies sévères et les septicémies.
- En étendant le suivi jusqu’à six semaines après la naissance, de nombreux cas supplémentaires sont identifiés.
La morbidité maternelle grave désigne les complications de grossesse pouvant entraîner le décès, une hospitalisation prolongée ou une invalidité à long terme. "Les complications maternelles graves ne se limitent pas à la salle d'accouchement, elles surviennent tout au long de la grossesse et après la naissance, et beaucoup d'entre elles se manifestent pour la première fois aux urgences plutôt que dans les services d'obstétrique", a déclaré Giulia Muraca, épidémiologiste périnatale et professeure aux départements d'obstétrique-gynécologie de l’université McMaster (Canada).
Pourtant, la plupart des recherches de surveillance se limitent aux cas intrapartum (c’est-à-dire la période entre le début du travail et la naissance du bébé). "Notre objectif est donc de caractériser la fréquence de la morbidité maternelle grave de la conception jusqu'à six semaines post-partum et de décrire ses associations avec les caractéristiques maternelles et cliniques", ont écrit des chercheurs de l’université McMaster (Canada) dans une étude publiée dans la revue Canadian Medical Association Journal.
29 % des complications graves surviennent au cours des six semaines suivant l'accouchement
Pour ce faire, ces derniers ont examiné toutes les naissances survenues à partir de 20 semaines de grossesse en Ontario, au Canada, entre le 1er avril 2012 et le 31 mars 2021. Les auteurs ont utilisé les données administratives et cliniques couplées de l'ICES, un institut de recherche et d'analyse indépendant. Au total, 1.095.228 naissances ont été analysées. Les scientifiques se sont concentrées sur la fréquence globale de la morbidité maternelle, par période d'occurrence (avant l'accouchement, pendant l'accouchement et jusqu'à 6 semaines après l'accouchement), et par type de complications.
Sur près de 1,1 million de naissances, le taux de morbidité maternelle grave était de 27,24 pour 1.000 naissances, ce qui signifie que près de 10.000 personnes au Canada subissent ces complications maternelles graves chaque année. "Plus de 40 % des cas étaient manqués avec le suivi traditionnel axé sur l’accouchement." Les types de complications maternelles graves les plus fréquents étaient les hémorragies graves (6,10 pour 1.000 naissances), les cas d’appendicite aiguë avant l'accouchement (1,94), les hémorragies graves pendant l'accouchement (5,28) et les septicémies post-partum (4,69). Les données montrent que 15,63 %, 55,02 % et 29,34 % des cas se sont produits respectivement avant l’accouchement, pendant l’accouchement et après l’accouchement. Parmi les patientes ayant vécu un événement de morbidité maternelle sévère, 19 % se sont rendues aux urgences, principalement en période pré- et postnatale.
Post-partum : les parents les plus jeunes et les plus âgés plus touchés par les complications
"Les taux de complications pendant le travail et l'accouchement, ainsi qu'en période post-partum, étaient les plus élevés chez les parents les plus jeunes et les plus âgés, tandis que les complications de grossesse avant le travail étaient particulièrement fréquentes chez les femmes âgées de 15 à 24 ans. Les facteurs communs associés à la morbidité maternelle grave, quelle que soit la période, incluent la primiparité, l'origine ethnique de la mère, les antécédents médicaux, les grossesses multiples, le statut social, un faible revenu, la résidence en milieu rural ou isolé, la consommation de substances psychoactives pendant la grossesse et les traumatismes", peut-on lire dans les résultats. Le diabète de type 1 présentait la plus forte association avec la morbidité maternelle grave prénatale.
Face à ces données, l’équipe souligne que le fait de se concentrer uniquement sur la période de l’accouchement ne permet pas de reconnaître, de prévenir ou de prendre en charge efficacement la morbidité maternelle grave et les décès. Ainsi, ils recommandent la mise en place d’une surveillance ambulatoire pour identifier et prévenir la septicémie maternelle, par le biais d'un suivi post-partum à domicile (par exemple, la fréquence cardiaque et la tension artérielle) chez les personnes à risque accru. "Améliorer la sécurité maternelle exige une approche systémique globale."


