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Vieillissement

Une mémoire de jeune à 80 ans : que cachent les cerveaux des super-seniors ?

Certains seniors de plus de 80 ans possèdent une mémoire comparable à celle de personnes beaucoup plus jeunes. Leurs cerveaux exceptionnels pourraient aider à mieux comprendre comment préserver la mémoire en vieillissant.

Une mémoire de jeune à 80 ans : que cachent les cerveaux des super-seniors ? Liliia Bila / istock




L'ESSENTIEL
  • Certains seniors possèdent une mémoire comparable à celle de personnes beaucoup plus jeunes.
  • Leur cerveau présente des caractéristiques uniques, notamment une meilleure préservation et une production accrue de neurones.
  • Comprendre ces mécanismes pourrait aider à lutter contre le déclin cognitif et la maladie d'Alzheimer.

Le vieillissement entraîne inexorablement une lente dégradation du cerveau. Dès 30 ans, les premiers signes apparaissent et, vers 40 ou 50 ans, le cortex cérébral peut déjà avoir diminué d'environ 5 %. Cette détérioration s'accélère après 70 ans, notamment dans les zones impliquées dans la mémoire. Pourtant, certains individus semblent défier cette règle : à plus de 80 ans, ils se souviennent encore facilement de listes de mots, de dates ou d'événements avec précision, à l’image d’un quinquagénaire.

Ces perles rares, que les chercheurs surnomment "super-agers" (super-seniors), fascinent la communauté scientifique car leur mémoire reste aussi performante que celle d'individus beaucoup plus jeunes. Dans un article publié dans The Conversation, la professeure Jannette Rodríguez Pallares, de l’Université de Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne, explique ce qui rend leurs cerveaux exceptionnels.

A 80 ans, des cerveaux "anatomiquement exceptionnels"

Le terme "super-ager" est apparu dans les années 1990 lors de travaux menés à l'université Northwestern de Chicago : les chercheurs avaient alors découvert que quelques volontaires âgés pouvaient mémoriser des informations "avec la précision de personnes de 30 ou 40 ans plus jeunes", indique la chercheuse. Plus tard, en 2013, des images cérébrales ont révélé une particularité chez ces super-seniors : leur cortex cérébral est "remarquablement préservé". Une région clé du cerveau, le cortex cingulaire (impliqué dans la mémoire, l'attention et la motivation) apparaît même "beaucoup plus épaisse" que chez certains adultes jeunes. "Leurs cerveaux étaient, sans l'ombre d'un doute, anatomiquement exceptionnels", affirme la Pre Rodríguez Pallares.

Les scientifiques ont également étudié les protéines qui s'accumulent dans les neurones avec l'âge et forment des "enchevêtrements neurofibrillaires", associés à la maladie d'Alzheimer, comme la protéine tau ou amyloïde. Or, lorsqu'ils ont analysé le cerveau d'un super ager en 2017, les chercheurs ont été "surpris de ne trouver qu’’un seul enchevêtrement’ dans le cortex entorhinal, une zone cruciale pour la mémoire". Sauf que "leur euphorie a été de courte durée" : en examinant d’autres cerveaux exceptionnels, ils ont vu que certains avaient autant de lésions et d’enchevêtrements que chez des patients atteints d'Alzheimer... alors même que les personnes gardaient une excellente mémoire.

Pour aller plus loin, les chercheurs se sont alors tournés vers la génétique. Ils ont observé que ces super-seniors portent rarement la variante APOE4, connue pour augmenter le risque d'Alzheimer, mais possèdent plus souvent la variante protectrice APOE2, associée à la longévité.

Le rôle crucial du mode de vie

Autre enseignement, avec une nouvelle étude publiée en 2026 : les cerveaux des super agers continueraient à produire des neurones en grande quantité. Ils en généreraient "presque deux fois plus" que des personnes beaucoup plus jeunes, selon Jannette Rodríguez Pallares. Leur hippocampe, une région essentielle à la mémoire, est aussi plus volumineux et surtout mieux connecté. "Dans le cerveau, ce qui compte n'est pas seulement la taille, mais la qualité et l'organisation des connexions."

La spécialiste estime que la génétique joue un rôle majeur, mais que le mode de vie (activité physique, alimentation, stimulation intellectuelle...) reste important. "Les super-agers ne sont pas plus intelligents que la moyenne, et ils n'excellent pas forcément à l'école. Mais ils semblent être énergiques et curieux, apprécier les défis et avoir un but dans la vie. [...] Ils sont aussi actifs et mobiles, ont une bonne santé mentale et entretiennent de solides liens sociaux."

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