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Thérapie

Infarctus : l’ARN au service de la réparation du cœur

Des chercheurs ont mis au point une thérapie utilisant l’ARN pour aider le muscle cardiaque à se réparer après un infarctus. Injectée dans le bras ou la cuisse, elle transforme les muscles en producteurs d’une molécule activée directement dans le cœur.

Infarctus : l’ARN au service de la réparation du cœur Rawpixel / istock




L'ESSENTIEL
  • Une étude dévoile une thérapie à ARN capable d’aider le cœur à se réparer après un infarctus.
  • Une injection permettrait aux muscles de produire une molécule activée spécifiquement dans le cœur.
  • Chez l’animal, la technique réduit les cicatrices et améliore la fonction cardiaque.

Chaque année, des millions de personnes survivent à un infarctus, mais leur cœur reste souvent durablement endommagé. Une nouvelle recherche américaine, publiée dans la revue Science, propose une piste prometteuse : une thérapie à base d’ARN capable d’aider l’organe à se réparer lui même grâce à une simple injection.

Un organe qui se régénère très peu

Contrairement à certains autres muscles et tissus du corps, "le cœur est l’un des organes ayant le moins de capacité à se régénérer. Son pouvoir de régénération spontané est très, très limité", explique Ke Cheng, professeur à l’Université de Columbia et auteur principal de l’étude, dans un communiqué. Si, après un infarctus, les cardiologues peuvent rouvrir les artères bloquées pour rétablir la circulation sanguine, les cellules musculaires du cœur détruites par le manque d’oxygène ne sont généralement jamais remplacées, ce qui peut conduire à une insuffisance cardiaque à long terme.

A la recherche de solutions, les scientifiques se sont inspirés d’un phénomène observé chez les nouveau nés. Dans les premiers jours de la vie, le cœur de nombreux mammifères possède une capacité temporaire à se régénérer. Cette capacité est liée notamment à une hormone appelée "atrial natriuretic peptide" (ANP), qui stimule la formation de vaisseaux sanguins, réduit l’inflammation et limite les cicatrices. Mais avec l’âge, la production de cette hormone diminue fortement. "Le cœur des nouveau nés produit spontanément davantage de cette molécule après un infarctus. L’adulte, lui, n’en produit pas assez, nous avons donc trouvé un moyen d’en apporter au cœur", explique le Pr Cheng.

Une molécule activée spécifiquement dans le cœur

Plutôt que d’injecter directement un médicament dans le cœur – une procédure invasive –, l’équipe a imaginé une stratégie inédite : des nanoparticules contenant de l’ARN sont injectées dans le bras ou la cuisse. Les cellules musculaires produisent alors une molécule appelée "pro ANP" qui circule dans le sang. Cette molécule devient active uniquement lorsqu’elle rencontre une enzyme nommée "Corin", beaucoup plus présente dans le cœur que dans les autres organes.

"En principe, tout ce que le praticien doit faire est d’injecter les particules dans le bras", précise Ke Cheng. Et cela semble fonctionner : lors d’expériences menées sur des animaux, une seule injection a permis de réduire significativement les cicatrices cardiaques et d’améliorer la fonction du cœur pendant au moins quatre semaines.

Pour le cardiologue Torsten Vahl, du Columbia University Irving Medical Center, cette approche pourrait combler un besoin médical important : "Trop souvent, les patients gardent des dommages cardiaques sévères qui conduisent plus tard à une insuffisance cardiaque." Si les résultats sont confirmés chez l’humain, cette stratégie basée sur l’ARN pourrait même ouvrir la voie à de nouvelles thérapies pour d’autres maladies, comme l’hypertension ou certaines pathologies rénales.

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