- Les comportements des managers toxiques entraînent un effet de déshumanisation chez les salariés.
- La déshumanisation est un mécanisme fondamental du burn out.
- Pour éviter le burn out des salariés, l'entreprise doit miser sur une communication respectueuse et le renforcement de leur autonomie.
Selon 12ᵉ baromètre “État de santé psychologique des salarié(e)s français” du cabinet Empreinte Humaine, 41 % des salariés français étaient en détresse psychologique en 2022. Plus d’un tiers des travailleurs étaient en burn-out. Ces difficultés salariales ne touchent pas uniquement l’Hexagone. L’OMS estime que 10 % de la population active mondiale souffre de burn out sévère et 1 employé sur 3 présente des symptômes.
Face à ces chiffres inquiétants, l'université de Portland s’est penchée sur les mécanismes qui conduisent les travailleurs jusqu’à l’épuisement professionnel. Dans un article paru dans Journal of Occupational Health Psychology, les chercheurs ont mis en évidence que les dégâts causés par un patron toxique vont bien au-delà d'une simple mauvaise humeur au sein de l’entreprise… Ils provoquent une déshumanisation néfaste pour la santé mentale des salariés.
La déshumanisation, le moteur du burn-out
Pour identifier les comportements et les mécanismes favorisant le burn-out, les chercheurs ont interrogé 203 dyades superviseur-employé en Chine et 314 travailleurs des États-Unis d’Amérique suivis pendant plusieurs années. L’équipe a mis en évidence que certains comportements des managers, tels que la raillerie ou l'intrusion dans la vie privée, amènent les employés à se sentir davantage comme des "outils" ou des "rouages d'une machine" que comme des êtres humains.
Elle a ensuite remarqué que lorsque le sentiment d'humanité d'un salarié est altéré, cela déclenche un effet domino par deux voies spécifiques. "Premièrement, le coût interne se manifeste par un sentiment d'inauthenticité : les employés ont l'impression de ne pas pouvoir être eux-mêmes au travail. Cette répression constante de soi conduit directement à l'épuisement émotionnel et au burn-out", écrivent les auteurs dans leur communiqué. Deuxième constat : le sentiment d’impuissance face à l’environnement professionnel conduit les employés déshumanisés et épuisés à moins proposer leur aide à leurs collègues ou encore à éviter le travail d’équipe ou collaboratif.
"Un management abusif compromet le sentiment d’autonomie des employés", ajoute Liu-Qin Yang, codirectrice de l’étude. "Nos conclusions montrent que ce sentiment de déshumanisation engendre deux mécanismes de destruction distincts au sein de la culture d’entreprise", confirme-t-elle.
Une communication respectueuse et humaine pour protéger les salariés
En plus de révéler que la déshumanisation était l’un des principaux mécanismes du burn-out, l’étude a permis de mettre en lumière plusieurs éléments qui aident à préserver la santé mentale au travail. Au niveau individuel, les employés qui croient fermement en leur capacité à surmonter les difficultés, étaient moins vulnérables aux comportements des managers toxiques. "Cette ressource interne leur a permis de maintenir leur performance et leur estime de soi malgré un environnement abusif", soulignent les chercheurs dans leur article.
Par ailleurs, l’entreprise peut agir pour réduire les risques d’épuisement professionnel. Plutôt que de miser sur des initiatives classiques en matière d’équité, il faut privilégier une approche managériale centrée sur l’humain, qui redonne aux salariés leur autonomie. "Pour atténuer ces risques, les organisations devraient adopter des pratiques visant à prévenir les abus de pouvoir des dirigeants grâce à des programmes de développement qui mettent l’accent sur une communication respectueuse", confirme la chercheuse Liu-Qin Yang. "En renforçant l’autonomie des employés et en mettant en œuvre un management centré sur l’humain, les entreprises peuvent protéger leur atout le plus précieux : l’humanité de leurs collaborateurs."



