- Une étude sur 10 ans remet en cause une chirurgie très fréquente du genou.
- Les patients opérés n’obtiennent pas de meilleurs résultats qu’avec une chirurgie placebo.
- Les chercheurs appellent à revoir les pratiques médicales.
Chaque année, des milliers de patients passent par le bloc opératoire pour soulager leurs douleurs au genou. Mais une nouvelle étude finlandaise, publiée dans le New England Journal of Medicine (NEJM), remet aujourd’hui en question l’efficacité d’une des interventions orthopédiques les plus pratiquées au monde : la méniscectomie partielle, qui consiste à retirer une partie du ménisque abîmé.
Des risques accrus d’arthrose
L’étude FIDELITY a suivi 146 patients souffrant de lésions dégénératives du ménisque pendant dix ans. Les participants ont été répartis aléatoirement entre une véritable opération et une fausse intervention chirurgicale, appelée "chirurgie placebo". Résultat, il apparaît que les patients opérés n’ont pas obtenu pas de meilleurs résultats que ceux ayant "subi" une opération simulée. Plus inquiétant encore, ils rapportent davantage de douleurs et une moins bonne fonction du genou à long terme. Les patients passés entre les mains du chirurgien présentent une progression plus importante de l’arthrose et un risque accru de subir d’autres interventions du genou.
Pour le professeur Teppo Järvinen, de l’Université d’Helsinki, ces résultats illustrent ce que les spécialistes appellent un "renversement médical". "Nos résultats suggèrent qu’il pourrait s’agir d’un exemple de thérapie largement utilisée qui se révèle inefficace, voire nocive", explique-t-il dans un communiqué. L’équipe de chercheurs remet également en cause une idée longtemps admise, selon laquelle la douleur du genou serait directement causée par une déchirure du ménisque. "Cette logique repose sur une hypothèse biologiquement crédible, mais qui ne résiste pas à un examen critique", souligne le professeur Raine Sihvonen, qui a participé aux travaux. Selon lui, les douleurs seraient davantage liées au vieillissement et à la dégénérescence des articulations.
Pourquoi cette chirurgie est-t-elle toujours aussi courante ?
Malgré plusieurs études défavorables depuis des années, cette opération reste courante dans de nombreux pays, dont la France. "Plusieurs essais randomisés ont déjà montré que cette chirurgie n’améliorait pas les symptômes ni la fonction des patients", rappelle le docteur Roope Kalske, coauteur. Certaines organisations médicales internationales continuent pourtant de recommander cette intervention. Pour Teppo Järvinen, cela démontre "à quel point il est difficile d’abandonner des traitements inefficaces". Il espère que leurs travaux incitent les médecins à privilégier d’autres approches, comme la rééducation, l’activité physique adaptée ou la prise en charge de l’arthrose.




