- Une étude prometteuse sur le cancer du pancréas a été retirée pour conflit d’intérêts non déclaré.
- Les auteurs "ont des intérêts financiers dans Vega Oncotargets", une société créée pour faire de la recherche contre le cancer du pancréas.
- Les résultats de l’étude, obtenus chez des souris pour l’heure, suscitent un immense espoir.
Fin janvier, l’annonce d’un traitement expérimental contre le cancer du pancréas, un des plus difficiles à traiter, avait fait le tour du monde, suscitant l’espoir pour des dizaines de milliers de malades. Mais l’étude en question, menée par des chercheurs espagnols, vient d’être rétractée, c’est-à-dire retirée, de la prestigieuse revue scientifique PNAS où elle avait été publiée en décembre dernier, rapporte le quotidien espagnol El País. Explications.
Une étude phare retirée pour conflit d’intérêts
Les travaux, dirigés par le célèbre biochimiste Mariano Barbacid, s’annonçaient pourtant prometteurs. Ils montraient qu’une "triple thérapie" permettait la régression complète de tumeurs chez 45 souris atteintes de cancers du pancréas, qui sont ensuite restées plus de 200 jours sans réapparition du cancer. Ce traitement inédit ciblait le gène KRAS, muté chez près de 90 % des patients atteints de ce cancer, grâce à trois molécules expérimentales. L’étude avait fait grand bruit, certains médias évoquant même une "cure" du cancer du pancréas, alors que celui-ci figure parmi ceux dont le taux de survie est le plus bas, en raison notamment de son diagnostic tardif.
Mais l’emballement aura été de courte durée : l’Académie nationale des sciences des Etats-Unis, qui édite la revue PNAS, a finalement décidé de retirer l’article. En cause, ce qu’elle a considéré comme étant un conflit d’intérêts : les trois auteurs "ont des intérêts financiers dans Vega Oncotargets", une société créée pour développer des thérapies contre le cancer du pancréas, a écrit PNAS le 27 avril.
La revue scientifique rappelle que, dans la recherche biomédicale, la transparence est essentielle. Les règles de PNAS précisent ainsi que les auteurs doivent déclarer tout lien financier pouvant influencer leur objectivité : "Les membres […] ayant un conflit d’intérêts […] doivent présenter leur travail comme un envoi direct", écrit PNAS.
"Au moins deux ou trois ans" avant une application chez l’humain
Carmen Guerra, coautrice de la recherche, a reconnu que son équipe avait "commis une faute" en ne déclarant pas ces liens avec l’entreprise Vega Oncotargets. De son côté, l’avocate de Mariano Barbacid a plaidé qu’il s’agissait d’un oubli "sans mauvaise foi ni volonté de dissimulation". Dans tous les cas, cette rétractation de la revue PNAS ne signifie pas que les résultats de l'étude sont totalement invalidés d'un point de vue scientifique.
Aujourd’hui, la recherche a été à nouveau soumise à la relecture après corrections, notamment sur les conflits d’intérêts, et pourrait bien être republiée prochainement. Les patients devront toutefois s’armer de patience car, si cette "triple thérapie" expérimentale a été qualifiée de "miracle" par certains médias, Mariano Barbacid lui-même rappelait qu’il restait "au moins deux ou trois ans" avant une application chez l’humain.



