- Un homme de 27 ans s’est fait réimplanter un tissu testiculaire qui avait été prélevé et congelé lorsqu’il avait 10 ans, avant une chimiothérapie.
- Les chercheurs ont observé la présence de spermatozoïdes "matures" après la greffe, mais ils ne savent pas encore si ces spermatozoïdes sont capables de féconder un ovocyte et de mener à une grossesse.
- Cette approche pourrait offrir une future possibilité de préserver la fertilité de milliers d’enfants atteints de cancers ou de maladies nécessitant des traitements toxiques pour les testicules.
Des années après sa maladie, son autogreffe lui redonne l’espoir de devenir père. Tout commence en 2008. Un garçon prépubère atteint de drépanocytose entame un parcours de cryoconservation pour son tissu testiculaire, permettant la congélation de ses spermatozoïdes pendant une longue période. La raison : à l’âge de 10 ans, il doit subir un traitement gonadotoxique, notamment une chimiothérapie, qui peut abîmer ses testicules. En effet, "environ un tiers des hommes ayant reçu ce traitement durant leur enfance présentent une altération de la fonction testiculaire. (…) Pour ces hommes, l'autogreffe de tissu testiculaire immature cryoconservé peut représenter la seule possibilité de restaurer leur fertilité. Des études précliniques ont démontré la restauration réussie de la spermatogenèse après une greffe de tissu testiculaire immature chez diverses espèces, y compris les primates", selon des chercheurs du Vrije Universiteit Brussel (Belgique).
Les fragments de tissu testiculaire sont décongelés et autogreffés 17 ans après la cryoconservation
Après trois ans de traitement contre la drépanocytose, le patient fait congeler son tissu testiculaire. D’après les médecins, le testicule a été prélevé chirurgicalement, fragmenté et cryoconservé. "L'analyse histologique a confirmé la préservation de l'architecture tubulaire et la présence de spermatogonies (cellules souches qui forment par division les spermatocytes). Entre 2022 et 2024, le patient a présenté une azoospermie (absence totale de spermatozoïde) persistante", peut-on lire dans le rapport disponible sur le site de prépublication MedRxiv. Une fois sa maladie soignée, l’homme, âgé alors de 27 ans, décide, fin 2024, de transplanter son propre tissu testiculaire congelé plusieurs années auparavant. Pour cette intervention, 11 fragments de tissu testiculaire ont été décongelés et autogreffés. Au total, quatre ont été greffés dans les testicules et quatre sous la peau du scrotum (poche de peau qui entoure et protège les testicules). La survie des greffons, leur vascularisation, les profils hormonaux et les paramètres spermatiques ont été surveillés pendant un an. Douze mois après la transplantation, les greffons ont été prélevés et analysés en laboratoire.
"Les spermatozoïdes isolés semblaient normaux"
Selon les scientifiques, aucun changement significatif des paramètres endocriniens ou spermatiques n'a été observé. Deux des greffons prélevés à l'intérieur du testicule ont produit des spermatozoïdes matures, qui ont été recueillis et congelés. "Les spermatozoïdes isolés semblaient normaux. Il nous reste à déterminer s'ils sont capables de féconder un ovule", a déclaré, au Guardian, Ellen Goossens, qui a dirigé l'essai au sein du CHU de Bruxelles.
Dans les conclusions, les chercheurs soulignent que ce cas démontre que le tissu testiculaire immature humain peut survivre à une cryoconservation de longue durée, se revasculariser après transplantation et établir une spermatogenèse in vivo. "Cette étude apporte une preuve de concept essentielle pour la restauration de la fertilité chez les personnes ayant conservé du tissu testiculaire avant la puberté."


