- Un virus des crevettes est lié à une maladie oculaire humaine grave.
- Il pourrait se transmettre via les fruits de mer crus.
- Des cas de perte de vision ont été observés.
Un simple contact avec des crevettes peut-il mettre vos yeux en péril ? Une nouvelle étude, menée par des chercheurs chinois, révèle qu’un virus marin, qui n’était détecté jusqu’ici que chez des animaux aquatiques, pourrait provoquer une maladie oculaire grave chez l’humain, parfois jusqu’à la cécité.
Depuis quelques années, en Chine, les médecins disent en effet observer une hausse de cas d’"uvéite antérieure virale hypertensive persistante" (POH-VAU). Cette pathologie associe inflammation sévère et pression oculaire élevée, ce qui peut endommager le nerf optique et entraîner une perte de vision irréversible.
Un virus marin qui franchit la barrière des espèces
Publiée dans la revue Nature Microbiology, l’étude dirigée par Liu Shuang, de l’Institut des sciences de la pêche de Qingdao, a suivi 70 patients entre 2022 et 2024. Tous présentaient cette maladie, restée inexpliquée car les tests pour les virus classiques étaient négatifs. Mais les chercheurs ont identifié un suspect inattendu : le CMNV, pour "covert mortality nodavirus" (nodavirus à mortalité silencieuse), surnommé "virus des crevettes". Déjà connu pour infecter poissons, crabes et crustacés, il a été détecté dans les tissus oculaires humains.
Au microscope électronique, des particules d’environ 25 nanomètres ont été observées. L’analyse génétique montre une similarité de 98,96 % avec les souches animales. "Cette étude révèle qu’un virus d’animaux aquatiques est associé à une maladie humaine émergente", résument les auteurs dans un communiqué. Des tests en laboratoire confirment le lien : des souris infectées développent une pression intraoculaire élevée, caractéristique de la maladie.
Manipulation et consommation de fruits de mer crus
L’enquête révèle que plus de 71 % des patients manipulaient des fruits de mer crus sans gants ou en consommaient régulièrement. Parmi eux, 54 % travaillaient en aquaculture, tandis que 17 % consommaient du poisson cru comme le sashimi. "La manipulation non protégée et la consommation d’animaux aquatiques crus étaient fréquemment rapportées", précisent les scientifiques. Le virus entrerait par les mains avant d’atteindre les yeux, via le contact avec le visage. Un tiers des patients a dû subir une chirurgie, et un cas de cécité totale a été signalé. Des cas urbains sans exposition directe suggèrent aussi une transmission indirecte.
Le CMNV ne concerne pas que les crevettes : il a été détecté dans 49 espèces à travers le monde, sur plusieurs continents. Une diffusion globale qui ravive les inquiétudes et souligne la nécessité d’une vigilance accrue. Pour limiter la propagation de ce "virus des crevettes", les experts appellent à adopter des mesures simples : porter des gants, éviter le contact des mains avec les yeux et bien cuire les produits de la mer.


