- Une étude internationale confirme que le sentiment d’autonomie est un facteur essentiel de bien-être.
- Ce lien est plus fort dans les pays riches et individualistes.
- Les politiques publiques doivent renforcer l’autonomie des citoyens à tous les niveaux de la société.
On entend souvent le dicton que "l’argent ne fait pas le bonheur", mais cette étude pourrait bien donner du grain à moudre à ses contradicteurs. Une équipe de chercheurs de l’Université Aalto, en Finlande, confirme ce que beaucoup pressentaient : le fait d’avoir le contrôle sur sa propre vie est, sans surprise, un facteur clé de bien-être, mais cette relation entre autonomie et bonheur varie selon le niveau de richesse (et d’éducation) des pays et des personnes. En clair, pour accéder au bonheur, l’argent doit entrer en jeu, ne serait-ce qu’un peu.
Quand l’argent renforce le pouvoir de l’autonomie
L’étude, publiée dans la revue Social Indicators Research, s’est appuyée sur les données issues du World Values Survey (2017-2023), basées sur près de 100.000 personnes provenant de 66 pays. Elle révèle que l’autonomie est liée positivement au bien-être dans presque tous les pays : 64 pour le bonheur, et 65 pour la satisfaction de vie. Les chercheurs ont mesuré ce sentiment à travers la question : "Quelle part de libre arbitre et de contrôle avez-vous sur votre vie ?". Pour Frank Martela, chercheur en philosophie et psychologie à l’Université Aalto : "Nous avons confirmé que l’autonomie est importante partout, même si son impact varie selon les contextes", explique-t-il dans un communiqué.
L’effet de l’autonomie sur le bien-être est bien plus marqué dans les pays riches. Ainsi, dans les sociétés aisées, un haut niveau de liberté individuelle entraîne des gains nettement supérieurs en satisfaction de vie. En moyenne, la richesse nationale explique 38 % de l’écart d’impact de l’autonomie sur le bonheur entre les pays. Selon l’équipe, "lorsque la survie quotidienne est précaire, la liberté de choix passe souvent au second plan". En d’autres termes, il est difficile de penser à son épanouissement personnel quand on lutte pour se nourrir ou se loger.
Culture et modernité : des variables clés
Outre la richesse, le niveau d’individualisme joue aussi un rôle. Grâce au Global Collectivism Index, les chercheurs ont analysé des indicateurs comportementaux comme les ménages partagés ou les taux de mariage. Résultat : dans les sociétés individualistes, l’autonomie est encore plus liée au bonheur. Mais richesse et individualisme étant fortement corrélés, il reste difficile de distinguer leur influence respective. Frank Martela note : "Ces résultats réconcilient deux visions opposées : l’autonomie est un besoin humain fondamental, mais son expression et ses effets varient selon le contexte culturel et économique".
Pour les décideurs politiques, cette étude offre une feuille de route nuancée : dans les pays pauvres, l’amélioration du niveau de vie reste prioritaire. Mais plus une nation s’enrichit, plus elle devrait investir dans des politiques publiques qui renforcent l’autonomie des citoyens à tous les niveaux de la société.


