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QUESTION D'ACTU

Contrainte, isolement, délais de consultations

Psychiatrie : des députés dénoncent la dérive des soins

Le recours de plus en plus fréquent aux hospitalisations sous contrainte et aux mesures de contention montre l'urgence à réformer la psychiatrie, selon un rapport remis aujourd’hui à la ministre.     

Psychiatrie : des députés dénoncent la dérive des soins HOPITAL PSYCHIATRIQUE DE VIRE

  • Publié 08.01.2014 à 08h20
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« En psychiatrie, plus encore que dans toute autre spécialité médicale, la relation entre soignant et malade est une grande partie du soin lui même. Le fait que le recours aux chambres d’isolement, aux mesures de contention ou encore aux hospitalisations sans consentement soit en augmentation est un indicateur de la dégradation de la psychiatrie », souligne Denys Robiliard. Député socialiste du Loir-et-Cher, il remet aujourd’hui à la ministre de la santé le rapport de la mission d’information sur la santé mentale et l’avenir de la psychiatrie, fruit de centaines d’auditions de professionnels de santé, de représentants de malades et de familles, de travailleurs sociaux… et d’une vingtaine de visites sur le terrain dans différents lieux de soins psychiatriques.


L'isolement et la contention devraient être l'exception 

L’état des lieux dressé par les parlementaires témoigne d’une dérive vers les prises en charge les plus contraignantes pour le malade. En mai dernier, un pré-rapport estimait notamment que le nombre d’hospitalisations en psychiatrie sans le consentement de la personne avait augmenté de 50% en 5 ans. Le parlement est revenu en septembre sur les mesures les plus polémiques de la loi de 2011, votée après le meurtre d’un étudiant à Grenoble par un malade mental enfui de l’hôpital. Mais il semble que le « mal sécuritaire » soit plus profond, comme en témoigne l’augmentation, non chiffrée mais tangible à travers les auditions de la mission, des pratiques de contention, c’est à dire lorsque les malades sont attachés. « L’isolement et la contention doivent rester le dernier recours, l’exception et non la règle. Or certains établissements y ont systématiquement recours », dénonce le député. Moins de soignants dans les équipes, davantage de jeunes peu formés à la maladie mentale, les explications n’ont pas convaincu les parlementaires qui demandent qu’un registre consigne dans chaque établissement toutes les situations où ce type de mesure est appliqué.

 

Ecoutez Denys Robiliard, député PS du Loir-et-Cher et auteur du rapport sur la santé mentale et l’avenir de la psychiatrie : « Pour une même maladie, certains ont recours systématiquement à la contention, d’autres jamais. Il faut qu’on m’explique. Devoir le consigner dans un registre créerait au moins la nécessité de justifier le recours à ces mesures »

 

 

Jusqu’à 6 mois d’attente pour une 1e consultation

 

Le rapport souligne aussi un accès aux soins de plus en plus inégal pour les près de 2 millions de Français souffrant de troubles de santé mentale. 80% des psychiatres exercent dans des villes de plus de 50 000 habitants, les déserts médicaux sont donc très répandus dans cette spécialité. « On constate à la fois une sur-représentation de psychiatres dans Paris intra-muros et sur la Côte d’Azur et à l’échelle nationale, 20% de postes de psychiatres dans les hôpitaux publics non pourvus, ce qui est énorme », chiffre Denys Robiliard. Dans certains secteurs, il faut donc attendre jusqu’à 6 mois avant d’obtenir un rendez-vous pour une première consultation en centre médico-psychologique (CMP). Or dans ce délai, le médecin traitant du patient doit lui apporter une réponse, souvent une prescription de médicaments qui aurait pu être évitée.

 

Ecoutez Denys Robiliard : « Si certains CMP parviennent à donner un 1er rendez-vous en 48h quand d’autres le font en 6 mois, c’est une question de budget certes mais aussi d’organisation. Un infirmier ou un psychologue peut assurer cette première consultation »

 

La pyramide des âges des psychiatres dont 40% devrait atteindre l’âge de la retraite dans les 5 ans qui viennent, renforce encore la nécessité de réorganiser le maillage de l’offre de soins sur tout le territoire. En s’appuyant notamment sur les médecins généralistes, pour lesquels les troubles psychiatriques représentent plus d’un tiers des consultations. La recommandation est récurrente mais sur le terrain, le dialogue passe mal entre ces 2 spécialités. Le rapport préconise donc d’établir le courant dès l’université en instaurant dans la formation initiale des médecins généralistes un stage obligatoire dans un service de psychiatrie et d’entretenir le lien à travers leur formation continue.  

 

Ecoutez Denys Robiliard : « Le dialogue entre généralistes et psychiatres ne se décrète pas par la loi. Mais si dans certains endroits, il parvient à être très établi, c’est bien que c’est le fruit d’une politique, d’une volonté »

 

Autres acteurs à associer davantage, les travailleurs sociaux et les élus locaux. Les difficultés d’accès à l’emploi et au logement ne sont pas directement médicales mais elles sont cruciales pour le bien-être du malade et donc pour sa santé. Le rapport des députés plébiscite donc les conseils locaux de santé mentale. A l’échelon des villes ou des communautés de communes, les services hospitaliers publics de psychiatrie, les acteurs de l’insertion sociale et professionnelle, les élus locaux, les aidants et les représentants des usagers coordonnent leurs actions pour apporter des solutions aux personnes atteintes de pathologies mentales, les médecins retrouvant alors du temps pour se consacrer au soin. Une soixantaine de ces conseils locaux de santé mentale sont déjà opérationnels en France, dans le Nord-Pas de Calais ou la région Rhône-Alpes par exemple et l'ARS d'Ile de France s'est fixée comme objectif d'en constituer 60 dans les 5 ans qui viennent.

 

Par ses 30 propositions, Denys Robiliard espère convaincre Marisol Touraine de faire une large part à la santé mentale dans la grande loi de santé publique qu’elle doit proposer à la fin de l’année 2014. Et comme pour conjurer le destin des rapports voués d’emblée aux oubliettes, le député conclut le sien sur une proposition 30bis : « diminuer le nombre de rapports et donner la priorité à la mise en œuvre des recommandations récurrentes » !

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