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Binge drinking : attention à ces effets à long terme sur le cerveau !

Des chercheurs français ont étudié les effets du binge drinking sur le cerveau. La quantité d’alcool bue n’est pas le seul élément à prendre en compte.

Binge drinking : attention à ces effets à long terme sur le cerveau ! anaxunamun/istock




L'ESSENTIEL
  • Les conséquences du binge drinking ne sont pas seulement liées à la quantité d’alcool ingérée.
  • La fréquence des épisodes jouent aussi un rôle important.
  • De plus, en raison de l'interaction de l'alcool et des hormones, les femmes sont plus vulnérables.

Si la proportion des jeunes Français qui boivent de l’alcool diminue, les comportements à risque comme le binge drinking – le fait de consommer rapidement et massivement beaucoup d’alcool – persistent. Et l'habitude de boire au moins 6 à 7 verres en deux heures n’est pas sans conséquence pour le cerveau.

Des travaux de chercheurs de l’université de Picardie Jules Verne révèlent que la fréquence de ces épisodes d’alcoolisation importante altère la plasticité cérébrale. Détaillés dans un article de The Conversation, ils montrent également que les sexes ne sont pas égaux face au binge drinking.

Binge drinking : le cerveau des femmes serait plus impacté

Lors de leurs premières recherches, les scientifiques ne se sont pas seulement concentrés sur la quantité d’alcool bue pendant le binge drinking, ils ont aussi étudié les effets de la fréquence des épisodes ou encore les différences selon les sexes.

En travaillant avec des rats, ils ont noté que le binge drinking "altère la plasticité synaptique dans l’hippocampe, une région du cerveau essentielle pour la mémoire et l’apprentissage, notamment via des récepteurs impliqués dans les mécanismes de plasticité synaptique" dès les premiers épisodes d'alcoolisation.

De plus, ils ont mis en évidence qu’une interaction entre l’alcool et les œstrogènes impacte l’hippocampe. "Concrètement, à l’adolescence, les œstrogènes potentialisent les effets de l’alcool sur le cerveau : lorsque leurs niveaux sont élevés, l’alcool perturbe plus fortement les mécanismes de la mémoire chez les rats femelles que chez les rats mâles. Ainsi, chez les rates adolescentes, l’alcool altère la plasticité synaptique uniquement lorsqu’il est consommé pendant les périodes de pic d’œstrogènes, autrement dit durant le proœstrus (qui est l’équivalent de la phase préovulatoire chez la femme)".

"Cette interaction entre alcool et œstrogènes crée ainsi une fenêtre de vulnérabilité spécifique, à un moment où le cerveau est encore en pleine maturation", alertent les scientifiques.

Le binge drinking ne touche pas seulement l'hippocampe, il peut aussi perturber la prise de décisions et le système dopaminergique striatal qui est lié à la motivation, l’apprentissage par la récompense et l’évaluation des conséquences de ses actes. Toutefois, les répercussions sont différentes selon les sexes. Chez les mâles, la consommation d’alcool excessive et rapide altérait surtout la prise de décision. Les femelles de leur côté se montraient plus impulsives. "Soulignons que ces déficits de prise de décision sont observés en période d’abstinence (24 heures après la dernière consommation), ce qui indique que ce problème ne se limite pas aux périodes durant lesquelles les effets de l’alcool sont aigus : il peut persister entre les épisodes de binge drinking."

La fréquence des épisodes de bring drinking joue un rôle également

Dans leur dernière étude, publiée dans Neuropharmacology, les chercheurs Pr Mickaël Naassila, Dr Margot Debris et Pr Olivier Pierrefiche se sont demandés si le délai entre deux épisodes de binge drinking avait un impact. Les essais sur des rats adolescents ont montré que les atteintes cérébrales dépendent du rythme les deux séances d’alcoolisation.

"Lorsque les épisodes sont rapprochés (haute fréquence), l’alcool bloque ou réduit fortement une forme clé de plasticité synaptique impliquée dans la mémoire, ce qui suggère une incapacité du cerveau à affaiblir certaines connexions synaptiques lorsque cela est nécessaire", expliquent les auteurs. Ce déclin de la plasticité peut limiter la capacité des réseaux de neurones à se modifier, ce qui complique l’acquisition de nouvelles connaissances.

"Lorsque les épisodes sont plus espacés (basse fréquence), cette même plasticité est exagérée, c’est-à-dire plus intense que la normale. Pour le dire autrement, à quantité d’alcool comparable, répéter les épisodes à des fréquences différentes modifie différemment le fonctionnement cérébral, en augmentant ou en abolissant la plasticité synaptique", ajoutent-ils. Ce qui conduit à des apprentissages moins précis.

Si des travaux supplémentaires sont nécessaires pour comprendre l’impact de ses modifications à long terme sur l’apprentissage et la mémoire, la nouvelle recherche a montré que l’arrêt des épisodes de binge drinking est suivi par une récupération des capacités en deux semaines environ. Par ailleurs, l’équipe a découvert qu’il serait possible d'atténuer les dommages du binge drinking sur la plasticité en administrant un anti-inflammatoire (minocycline).

"Attention toutefois : ces résultats ne justifient pas à ce stade une utilisation clinique systématique de médicaments anti-inflammatoire. Leur intérêt potentiel se situerait plutôt en amont de l’addiction, dans une logique de prévention ou d’intervention précoce, par exemple chez des jeunes exposés à des épisodes répétés de binge drinking, mais ne présentant pas encore d’addiction à l’alcool", ajoutent les chercheurs. Cette mise en garde est d’autant plus importante que les premiers essais cliniques sur des humains ont donné des "résultats mitigés".

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