- Les peptides suscitent un engouement croissant pour leurs effets supposés sur la santé, le vieillissement et les performances.
- Mais la majorité des effets vantés par les influenceurs repose sur des données préliminaires, souvent issues d'études sur l'animal.
- En l'absence de validation clinique, leur usage comporte des risques sous-estimés.
Des promesses de peau rajeunie, de muscles dessinés et de nuits réparatrices : sous forme de crèmes, de compléments alimentaires ou d’injections, les peptides sont aujourd'hui les nouveaux produits miracles vendus en ligne et sur les réseaux sociaux. Certains influenceurs vantent même les vertus du "peptide stacking", qui consiste à associer plusieurs peptides dans l’espoir d’additionner leurs supposés bienfaits. Mais que dit vraiment la science sur leur efficacité ? Et quels sont leurs risques pour la santé ? Dans un récent article publié sur son média Canal Détox, l’Inserm a passé au crible les peptides les plus populaires.
Aucune étude sérieuse sur les effets anti-âge des peptides
Les peptides sont des petites chaînes d'acides aminés, essentiels à la fabrication des protéines de notre corps. "La plupart agissent comme de minuscules messagers qui envoient des signaux aux cellules pour leur indiquer comment réagir, par exemple, pour réguler les défenses immunitaires face à une infection", explique l’Inserm. Naturellement présents dans l'organisme, les peptides peuvent aussi être synthétisés en laboratoire et sont utilisés depuis plus d'un siècle en médecine. L'insuline, par exemple, est un peptide clé dans le traitement du diabète. Plus récemment, l'Ozempic, médicament phare contre le diabète de type 2, utilise un peptide mimant l'action du GLP-1, qui aide à réguler la glycémie et l'appétit.
Si certains peptides peuvent donc avoir un intérêt pour la santé, ils sont bien loin d’avoir tous les effets vantés par les influenceurs. L’Inserm rappelle que, pour l’heure, aucun essai clinique sérieux – "de grande ampleur, randomisé et contrôlé" – n’en a validé l'efficacité chez l'humain. Sur le plan cosmétique, les effets anti-âge de certains peptides comme le Matrixyl (son nom commercial) semblent "modestes et n’ont été évalués que sur des durées courtes", deux à trois mois au maximum, selon les rares études disponibles. Côté bronzage, le Melanotan II, présenté comme un moyen plus sain de bronzer sans soleil, inquiète les experts en raison de risques cutanés sérieux, dont l'apparition de grains de beauté et, plus rarement, de mélanomes.
Performance sportive et sommeil : un manque de preuves
Les peptides de croissance, comme le CJC-1295, auraient de leur côté la vertu, selon certains influenceurs fitness, de booster la masse musculaire, mais "aucune preuve solide" ne démontre leur efficacité chez des sujets sains. Pire : des effets secondaires graves, tels que des troubles articulaires, une rétention d'eau ou une augmentation du risque de cancers, ont été signalés. Ces substances sont d'ailleurs interdites par l'Agence mondiale antidopage (AMA).
Quant au sommeil, certains peptides nutritionnels (issus par exemple des protéines laitières) ou neuropeptides (comme la melanin-concentrating hormone ou MCH) montrent des effets prometteurs sur les rongeurs, mais "aucun traitement à base de peptides n'est validé pour lutter contre l'insomnie chez l'humain", rappellent les chercheurs. Même constat pour ceux vantés pour la régénération cellulaire, comme le BPC-157, "souvent promu comme un remède pour accélérer la guérison après une inflammation musculaire" : les preuves manquent et les risques potentiels existent, notamment en lien avec la croissance de certaines tumeurs.
Certaines personnes prennent encore "des peptides de manière expérimentale dans l’espoir de guérir une blessure, d’améliorer leur mémoire, de booster leur libido, ou encore d’augmenter leur longévité, en s’appuyant sur des études réalisées sur des cellules cultivées en laboratoire ou sur des rongeurs", selon l’Inserm. "Problème : ces substances n’ont jamais fait l’objet de tests rigoureux chez l’humain et ne sont pas approuvées par les autorités sanitaires." Composition, dosage et pureté "ne sont pas garantis", ce qui expose "celles et ceux qui les expérimentent à des risques de contamination ou à d’autres dangers graves pour la santé".


