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Réalisée à l'hôpital Georges Pompidou

Coeur artificiel : l'aboutissement de 25 ans de recherche

Par La rédaction

Le Pr Latrémouille, qui a réalisé avec le Pr Duveau l'implantation du premier coeur artificiel total, détaille l'intervention du 18 décembre dernier. Une première mondiale qui couronne des années de recherche du Pr Carpentier.

De gauche à droite, les Prs Christian Latrémouille, Daniel Duveau et Alain Carpentier, concepteur du projet (D.R./copyright LPDM/pourquoi docteur)
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C’est une première mondiale ! Un cœur artificiel total a été implanté chez un homme de 75 ans, le 18 décembre, à l’hôpital européen Georges Pompidou (HEGP), à Paris. Mis au point par le Pr Alain Carpentier, le cœur artificiel total a été conçu par la société Carmat. C’est l’aboutissement de 25 années de recherche. Cette prothèse pourrait constituer une alternative aux greffes cardiaques. « Cette première implantation s’est déroulée de façon satisfaisante, la prothèse assurant automatiquement une circulation normale à un débit physiologique », indique la société Carmat dans un communiqué. Trois autres patients devraient prochainement être opérés. pourquoidocteur a interrogé le Pr Christian Latrémouille, chirurgien cardiaque à l’HEGP, qui a implanté le 1er cœur artificiel au monde.


pourquoidocteur : Comment s’est déroulée cette intervention délicate ?

Pr Christian Latrémouille : « L’intervention a duré une dizaine d’heures. Nous étions 16 personnes au bloc opératoire. Cette opération a été menée un peu comme une transplantation cardiaque, mais avec des spécificités très particulières liées à cette prothèse de nouvelle génération, et à toute l’interface technique. Donc, nous étions en partenariat avec les ingénieurs de chez Carmat.


"Nous n'avons pas eu de surprise"


Quelles ont été les difficultés de cette implantation d’un cœur artificiel total ?

Pr Christian Latrémouille : Elles tiennent aux particularités d’une telle intervention, c’est-à-dire l’interface entre les tissus biologiques – les oreillettes que nous avons conservées – et le corps du nouveau cœur qui comporte les moteurs et le système valvulaire, qu’il a fallu connecter sur les oreillettes et raccorder aux deux tuyaux d’éjection que sont l’artère pulmonaire et l’aorte. Mais, l’autre grande difficulté, c’est quand même la nouveauté. Quand on fait une intervention pour la première fois, il y a des difficultés qu’il faut relever les unes après les autres. On craint toujours l’imprévu. Finalement, l’opération s’est bien déroulée. Nous n’avons pas eu de surprise.




Depuis combien de temps prépariez-vous cette intervention ?

Pr Christian Latrémouille : Concernant l’aspect chirurgical, cela fait 3 ans que nous travaillons. Nous avons fait 35 implantations de cœur artificiel chez l’animal, ce qui nous a permis d’être totalement rôdés. Pour mettre au point la technique chirurgicale, nous avons aussi, bien évidemment, mené des interventions chez des cadavres, afin d’être le plus proche de l’anatomie humaine.


"C'est un patient qui était en dernière phase de vie"

Quel est le profil du 1er patient que vous venez d’opérer ?

Pr Christian Latrémouille : Ce profil a été déterminé en accord avec toutes les instances, c’est-à-dire un patient de plus de 60 ans, en insuffisance cardiaque terminale, avec une défaillance au niveau du ventricule droit et du ventricule gauche. C’est un patient qui était en dernière phase de vie, il était tous les 15 jours à l’hôpital… C’était sa dernière chance.


"Ses premiers mots ont été : j’ai soif"

Comment se porte le malade, 48 heures après l’intervention ?

Pr Christian Latrémouille : Il va bien, il a été extubé hier. Depuis hier soir, nous discutons avec lui régulièrement. On peut parler avec lui tout à fait normalement. Il récupère bien, il va mieux aujourd’hui qu’hier. C’est quand même très encourageant. Ses premiers mots ont été : J’ai soif. Comme bon nombre de patients opérés, il était un peu déshydraté. Nous lui avons donné à boire et cela a été un grand bonheur pour lui.

"La prothèse est d’une grande fiabilité"


Le patient est actuellement en réanimation. Quand pourra-t-il en sortir et quelles sont les prochaines étapes de son suivi ?

Pr Christian Latrémouille : On espère qu’il va pouvoir sortir de réanimation dans quelques jours. On est très confiant dans cette machine, car elle ne nous a jamais fait défaut au cours de la phase d’entraînement. Mais, nous sommes évidemment très prudents sur l’évolution. On surveille tous les paramètres habituels de la chirurgie cardiaque. Il peut y avoir des complications infectieuse, rénale, pulmonaire mais comme il a été extubé, nous sommes en bonne voie. Nous surveillons aussi de près le fonctionnement de la prothèse, mais elle se comporte très bien. Elle est d’une grande fiabilité. Pour autant, je ne peux pas vous dire quand il sera capable de sortir de l’hôpital, en étant uniquement relié à cette machine. 

"Nous espérons lui redonner au minimum cinq ans d’espérance de vie"


Ce patient était en fin de vie. Si tout se passe bien, quelle est aujourd’hui son espérance de vie ?

Pr Christian Latrémouille : Grâce au cœur artificiel, nous espérons lui redonner au minimum cinq ans d’espérance de vie. Les patients transplantés cardiaques ont des survies moyennes de huit à treize ans, même si nous avons tous des patients qui ont survécu plus de 20 ans.


"C’est l’aboutissement de beaucoup de travail"

C’est une fierté pour vous d’avoir réalisé cette 1ère mondiale ?

Pr Christian Latrémouille : Oui, bien sûr, je suis fier, je ne peux pas dire le contraire. Pendant l’opération, il y a eu évidemment de l’émotion, de la tension. C’est l’aboutissement de beaucoup de travail. Tout d’abord pour le Pr Carpentier qui travaille sur le cœur artificiel depuis 25 ans, mais aussi pour toute l’équipe médicale, paramédicale, les ingénieurs dans l’industrie… C’est le couronnement pour toutes ces personnes. Je suis aussi sensible à la confiance que le patient et sa famille m’ont témoignée.