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Infections respiratoires

Méningite : les cas ont explosé après la Covid-19

Par Sophie Raffin

L'Institut Pasteur met en garde contre l'explosion des cas de méningite à méningocoques observée après l’arrêt des mesures sanitaires mises en place pendant l’épidémie de Covid-19.

gorodenkoff/istock
Un rebond sans précédent de la méningite à méningocoques a été observé en France après l’arrêt des mesures sanitaires mises en place pendant l’épidémie de la Covid-19.
421 cas ont déjà été répertoriés entre janvier et septembre 2023, soit une augmentation de 36 %.
En France, seule la vaccination contre le méningocoque de groupe C est obligatoire. La vaccination contre le méningocoque B est simplement recommandée chez les nourrissons.

Les mesures sanitaires, mises en place pour lutter contre la Covid-19, n’ont pas uniquement limité la transmission du coronavirus. D’autres infections respiratoires avaient fortement baissé pendant la pandémie. Par exemple, la méningite à méningocoques qui a vu son nombre de contaminations chuter de plus de 75 % en 2020 et 2021.

L’institut Pasteur a voulu savoir si l’effet positif observé grâce aux gestes barrières allait perdurer. La réponse - détaillée dans un article publié dans la revue Journal of Infection and Public Health le 12 octobre 2023 - est non. Un "rebond sans précédent" des cas de méningites à méningocoques a été observé en 2022.

Méningite à méningocoques : une hausse de 36 % des cas

L’équipe de scientifiques de l’Institut Pasteur a retracé l’évolution des cas de méningite à méningocoques en France entre 2015 et 2022. "La méningite à méningocoques a connu un rebond sans précédent à l’automne 2022, avec aujourd’hui, à l’automne 2023, un nombre de cas supérieur à la période qui a précédé la pandémie de Covid-19", explique Samy Taha, premier auteur de l’étude et chercheur dans l’unité Infections bactériennes invasives à l’Institut Pasteur dans un communiqué.

En effet, les scientifiques ont compté 421 cas entre janvier et septembre 2023 contre 298 sur la même période en 2019. Cela représente une augmentation de 36 %, alors même que le pic hivernal n’a pas encore eu lieu. Pour les chercheurs, cette hausse importante de cas de méningite à méningocoques s’explique par une baisse de l’immunité générale à la suite de la diminution de la circulation des souches ainsi que la réduction de 20 % des vaccinations contre le méningocoque C lors du premier confinement.

"Ainsi, la population est redevenue naïve face à des bactéries en constante évolution, leur génome étant particulièrement variable", précise le communiqué de l’organisme.

"Par ailleurs, les méningocoques des groupes W et Y sont apparus beaucoup plus nombreux que les autres après la pandémie, poursuit Ala-Eddine Deghmane, co-auteur principal de l’étude et responsable adjoint du Centre national de référence des méningocoques à l’Institut Pasteur. Et si toutes les catégories d’âge sont concernées, il s’avère que les plus touchées par cette nouvelle vague de méningites sont les jeunes de 16 à 24 ans." Ainsi, les souches bactériennes de méningocoques qui circulent actuellement ne sont plus les mêmes qu’avant la pandémie. "C’est un peu comme si, avec l’épidémie de Covid-19, l’ensemble du système avait été réinitialisé.", ajoute Samy Taha.

Méningite à méningocoques : la vaccination pourrait réduire la hausse des cas

L’institut pasteur met en garde contre une possible recrudescence de la méningite dans les mois à venir avec l’épidémie de grippe saisonnière. "Le virus de la grippe crée un contexte favorable au développement des bactéries méningocoques. Par ailleurs, tous les grands rassemblements sont propices aux contaminations de manière générale et à la propagation de la méningite à méningocoques en particulier", précise l’organisme.

En France, seule la vaccination contre le méningocoque de groupe C est obligatoire, celle contre le méningocoque B étant simplement recommandée chez les nourrissons. Par ailleurs, il n’existe pas encore de recommandations en population générale contre les groupes Y et W. Les équipes de l’institut pasteur travaillent avec la Haute autorité de santé pour adapter la stratégie vaccinale. "Si le vaccin tétravalent ciblant les méningocoques de groupes A, C, Y et W était recommandé auprès des adolescents, cela permettrait de les protéger directement, mais aussi de protéger indirectement les autres catégories de la population.", assure Ala-Eddine Deghmane. Les adolescents sont en effet les premiers porteurs sains du méningocoque. "Et il ne faut pas oublier que sans traitement, les méningites bactériennes sont quasiment mortelles à 100 % et même correctement traitées, la mortalité reste de 10 %. Cela souligne l’importance de la prévention vaccinale", prévient Muhamed-Kheir Taha.