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Bilinguisme

La langue parlée influence comment on perçoit les couleurs

Par Sophie Raffin

Selon une étude du MIT, l’apprentissage d’une langue permet de distinguer les couleurs d'une nouvelle manière.

Overearth/istock
Des chercheurs du MIT ont suivi des Chimanes, ethnie vivant dans une partie éloignée de la forêt amazonienne de Bolivie, pour déterminer comment la langue parlée pouvait modifier la façon de catégoriser les couleurs.
Les scientifiques ont constaté que ceux qui avaient appris l'espagnol, ont commencé à classer les couleurs en plus de mots.
Selon l'étude, apprendre une deuxième langue permet de comprendre des concepts inexistants dans sa langue maternelle.

Si l'œil humain peut percevoir environ 1 million de couleurs, il n’existe pas autant de mots pour les décrire. Et cela, quelle que soit la langue utilisée. En revanche, le champ lexical de certaines est bien plus étoffé que d’autres. Par exemple, si celui des hispanophones compte une douzaine de termes pour les couleurs de base, celui des Chimanes, ethnie vivant dans une partie éloignée de la forêt amazonienne de Bolivie, n’offre que trois noms de couleur, (correspondant au noir, blanc et rouge) ainsi que deux autres utilisés de manière interchangeable pour désigner le vert ou le bleu.

Face à ce constat, une équipe du MIT a ainsi voulu déterminer comment la perception des couleurs peut être influencée par le contact d'une nouvelle langue.

Les bilingues élargissent leur distinction des couleurs

Les chercheurs américains ont ainsi suivi des Chimanes. Certains avaient appris l'espagnol, les autres ne parlaient que leur langue maternelle. Ils ont demandé aux participants d'effectuer deux tâches différentes. Lors du premier test, les scientifiques ont montré aux volontaires 84 puces de teintes différentes, une par une, et leur ont demandé de les nommer. Dans la deuxième tâche, les volontaires devaient regrouper les puces par mot de couleur. Les bilingues devaient faire ces exercices dans les deux langues.

Résultat : lors de l'exécution de cette tâche en espagnol, les bilingues Chimanes ont classé les couleurs avec les mots traditionnels de la langue espagnole. De plus, ils étaient beaucoup plus précis dans la distinction des couleurs lorsqu'ils l’effectuaient dans leur langue maternelle et commençaient à les classer en des catégories plus nombreuses.

Par exemple, alors qu’il n’y a pas de mots différents pour le bleu et le vert dans la langue des Chimanes, les personnes apprenant l'espagnol faisaient la distinction entre les deux. Ce que ne faisait généralement pas leurs pairs monolinguistes. En revanche, au lieu d'emprunter des mots espagnols pour le bleu et le vert, ils ont choisi des termes provenant de leur propre langue pour les décrire.

Cette recherche publiée dans Psychological Science montre que le contact entre les langues peut influencer la façon dont les gens pensent à des concepts tels que la couleur.

Apprendre une langue fait découvrir une autre façon de penser

"C'est un excellent exemple de l'un des principaux avantages de l'apprentissage d'une deuxième langue : à savoir que vous ouvrez une vision du monde différente et des concepts différents que vous pouvez ensuite importer dans votre langue maternelle", explique dans un communiqué Saima Malik-Moraleda, étudiante diplômée en Programme de biosciences et de technologies de la parole et de l'audition à l'Université Harvard et auteure principale de l'étude.

La chercheuse et ses collègues prévoient de mener d’autres travaux pour vérifier que leur découverte s'applique à d’autres langues ou encore savoir si d'autres concepts, comme le temps, peuvent aussi être "transmis" lors de l’apprentissage d’une autre langue.