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Santé mentale

Dépression : une prédisposition liée au système immunitaire ?

Par Margot Montpezat

Des chercheurs ont apporté une nouvelle preuve d’une prédisposition immunitaire chez les personnes souffrant de dépression, ce qui ouvre la voie à des traitements plus efficaces pour un grand nombre de personnes qui ne répondent pas aux antidépresseurs actuels.

Tunatura/iStock
Grâce à une nouvelle étude, des chercheurs ont peut-être mieux compris pourquoi certains dépressifs répondent mal aux antidépresseurs.
En effet, il y aurait davantage de marqueurs biologiques spécifiques à la dépression dans le système immunitaire des personnes dépressives que ce l’on pensait jusqu’à maintenant.
Cette découverte pourrait permettre à terme de proposer des approches plus personnalisées du traitement et de la prise en charge de la dépression majeure.

C’est un nouveau pas vers l’identification de toutes les prédispositions génétiques à la dépression, qui toucherait jusqu’à 20 % de la population française d’après l’Inserm.

En effet, des chercheurs du King’s College à Londres ont démontré qu’un plus grand nombre de patients dépressifs qu'estimé précédemment pourraient avoir une activation accrue de leur système immunitaire puisqu’il y aurait davantage de marqueurs biologiques à prendre en compte.

La dépression s'exprime dans le système immunitaire

Pour arriver à ce résultat, ils ont étudié l’expression des gènes impliqués dans la réponse immunitaire chez les personnes déprimées, au-delà des biomarqueurs connus jusqu’à présent. En effet, la plupart des recherches dans ce domaine s’étaient concentrées sur les niveaux de protéines liées à l'inflammation, comme la protéine C-réactive (CRP). Les études utilisant la CRP ont ainsi révélé qu'environ 21 à 27 % des personnes souffrant de dépression ont une réponse immunitaire, rappellent les chercheurs.

Mais les niveaux de CRP ne donnent pas une image complète de la réponse immunitaire, ce qu’ils ont donc cherché à faire avec cette nouvelle étude où ils ont analysé l'expression de 16 gènes dont l'activation est impliquée dans la réponse immunitaire.

En effet, l’expression des gènes est l'étape initiale du processus par lequel les informations présentes dans nos gènes influencent nos caractéristiques et notre comportement, expliquent les auteurs.

Dépression : vers des traitements plus efficaces ?

Pour l’étude, 168 participants ont été sélectionnés, dont 128 qui avaient un diagnostic confirmé de dépression majeure.

La première analyse a révélé une augmentation de l'expression des gènes liés à l'immunité chez les personnes souffrant de dépression majeure par rapport à celles qui n'ont pas reçu de diagnostic de dépression. Mais il apparaît aussi qu’il existe une réponse immunitaire dans les gènes des personnes atteintes de dépression qui est indépendante des niveaux de CRP “ce qui signifie qu'une activation immunitaire accrue est présente chez beaucoup plus de patients déprimés qu'on ne le pensait initialement”, concluent les auteurs.

Cette découverte pourrait permettre d’aider les personnes souffrant de cette maladie et d’altérations immunitaires, et pour lesquels les antidépresseurs ne sont pas efficaces, en leur apportant un traitement spécifique ciblant le système immunitaire.

En effet, les antidépresseurs sont efficaces dans seulement 70 % des cas de dépression, rappelle l’Inserm.