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Psychologie et psychiatrie

Santé mentale : les psychothérapies pour les enfants sont-elles réellement efficaces ?

Par Rafaël Andraud

Deux spécialistes de la santé mentale reviennent sur l'efficacité des psychothérapies pour les enfants.

Valeriy_G/iStock
Toutes les études montraient une efficacité supérieure des traitements psychothérapiques par rapport au placebo, mais cette supériorité était extrêmement faible.
Cependant, on observe en effet une variabilité notable dans les résultats individuels, certaines personnes bénéficiant nettement plus que d’autres des approches thérapeutiques proposées.
Selon les chercheurs, le soin psychique de l’enfant devrait mieux prendre en compte les différentes facettes de chaque enfant, leur singularité et leurs spécificité, pour s’adapter à chaque situation.

Le récent rapport qui a pointé que la consommation de psychotropes a doublé en dix ans chez les enfants et les adolescents a montré que la souffrance psychique des enfants est un enjeu de santé publique de plus en plus majeur en France. De nombreux rapports publics pointent également un déficit chronique de l’offre de soin, des difficultés d’accès aux pratiques psychothérapeutiques, éducatives et sociales ainsi qu’une augmentation des prescriptions de médicaments psychotropes.

Xavier Briffault, chercheur en sciences sociales et épistémologie de la santé mentale au CERMES3 et au CNRS, et Sébastien Ponnou, psychanalyste, maître de conférences en sciences de l'éducation à l'université de Rouen Normandie, reviennent dans un article pour The Conversation sur l’efficacité des psychothérapies – recommandées dans le soin psychique des enfants comme des adultes par l’OMS. 

L'efficacité des psychothérapies reste faible

Il existe de nombreuses pratiques psychothérapeutiques différentes (thérapie comportementale, psychanalyse, EMDR…). “Combiner les psychothérapies est fréquent. Le soin psychique de l’enfant doit en effet prendre en compte la spécificité et la diversité des approches qui font sa richesse pour s’adapter à chaque cas. Le cadre thérapeutique devient un espace lui offrant les moyens de témoigner et de mettre au travail sa souffrance, par sa parole comme ses non-dits, ses symptômes – y compris corporels”, expliquent les deux chercheurs. 

“Pour autant, malheureusement, l’efficacité des psychothérapies mesurées selon les critères de la médecine dite factuelle reste faible”, soulignent-il. C'est notamment la conclusion d’une importante étude de l’équipe de Falk Leichsenring (université de Giessen en Allemagne) à propos de l’efficacité des psychothérapies et des traitements médicamenteux en psychiatrie, publiée fin 2022 dans la revue World Psychiatry. Cette recherche corrobore les résultats de nombreuses autres publiées ces dernières années.

Toutes les études montraient une efficacité supérieure des traitements psychothérapiques par rapport au placebo, mais cette supériorité était extrêmement faible. "La différence standardisée des moyennes était en moyenne autour de 0,3 pour la dépression, sachant que 20 % des études présentaient un faible risque de biais, et que, lorsque ces risques étaient pris en considération, les tailles d’effet étaient systématiquement plus faibles”, écrivent les deux spécialistes.

La psychothérapie légèrement plus efficace pour le stress post-traumatique et les TOC

Seules les psychothérapies des syndromes de stress post-traumatique et des troubles limites de la personnalité obtenaient des scores légèrement supérieurs à 0,5, ainsi que celles des troubles obsessionnels compulsifs (légèrement supérieur à 1), ce dernier résultat étant cependant difficile à interpréter en raison de nombreuses co-prescriptions de psychotropes.

“Concernant l’efficacité, pour la dépression, la rémission était obtenue chez 43 % des patients en thérapie, 33 % des patients en traitement habituel, et 23 % des patients dans un groupe placebo. Aucune différence significative n’a été mise en évidence entre les différents types de psychothérapies, un résultat déjà connu par ailleurs, observent les deux experts. 

En résumé, “quasiment tous les résultats pris en compte dans la somme publiée dans World Psychiatry pourraient être considérés comme ‘cliniquement non importants’, avec un gain supplémentaire limité pour les psychothérapies et les pharmacothérapies”, écrivent les auteurs de l'étude citée plus-haut. 

Il y a certaines personnes chez qui la psychothérapie est vraiment efficace

Pour autant, précisent-ils, “il ne faut pas y voir une conclusion nihiliste ou dédaigneuse, car il ne fait aucun doute que certains patients bénéficient des traitements disponibles”. On observe en effet une variabilité notable dans les résultats individuels, certaines personnes bénéficiant nettement plus que d’autres des approches thérapeutiques proposées.

“La réalité des problématiques de souffrance et de soin psychique de l’enfant est complexe et multifactorielle. Elle implique les différentes facettes de l’enfant – sa personnalité, ses éprouvés et ses émotions, son rapport à lui-même, ses liens familiaux et son environnement, son parcours scolaire et ses attaches culturelles… D’où la faible efficacité mesurée des approches thérapeutiques simplistes de court terme, protocolisées, et mises en œuvre par des professionnels peu ou mal formés”, concluent les deux chercheurs.

Selon, eux, “il faudrait mettre en œuvre des dispositifs et des politiques de soin adaptés aux difficultés rencontrées par les enfants et les familles, et soutenir la diversité des pratiques thérapeutiques sérieuses (...) dans un temps qui ne serait pas déterminé à l’avance, mais établi selon la singularité des situations.”