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Progrès médical

Alzheimer : un nouveau test sanguin pour détecter la maladie neurodégénérative

Par Rafaël Andraud

Un groupe de chercheurs a développé un nouveau test sanguin pour identifier un biomarqueur de la neurodégénérescence liée à la maladie d'Alzheimer, plus efficace que les précédents. Cette avancée médicale pourrait rendre les tests plus accessibles.

Totojang/iStock
La maladie d'Alzheimer est la forme la plus courante de maladie neurodégénérative. En France, plus de 900.000 personnes sont touchées par la maladie d’Alzheimer, en majorité des femmes.
Seule 1 démence sur 2 est diagnostiquée, tous stades confondus. Aux stades légers, seul 1 cas sur 3 est connu par le patient ou son médecin.
Le nombre de nouveaux cas est estimé à plus de 225.000 personnes chaque année. D’ici 2050, le nombre de personnes touchées par une maladie neurocognitive devrait atteindre plus de 1.800.000 cas, soit 9,6 % des plus de 65 ans.

Un groupe de neuroscientifiques dirigé par un chercheur de la faculté de médecine de l'université de Pittsburgh a mis au point un nouveau test pour détecter un biomarqueur (une caractéristique biologique mesurable qui permet d’identifier un processus, lié par exemple à une maladie) de la neurodégénérescence provoquée par la maladie d'Alzheimer dans un échantillon de sang.

Les résultats de leurs travaux ont été publiés le 27 décembre dans la revue scientifique Brain.

Alzheimer : un test sanguin meilleur que les précédents

Le biomarqueur, appelé “la tau dérivé du cerveau” (brain-derived tau en version originale) ou BD-tau par les chercheurs, est plus efficace que les autres tests de diagnostic sanguin actuels utilisés pour détecter la neurodégénérescence liée à la maladie d'Alzheimer.

"À l'heure actuelle, le diagnostic de la maladie d'Alzheimer nécessite une neuroimagerie, a déclaré l'auteur principal de l’étude, Thomas Karikari, professeur adjoint de psychiatrie à l’université de Pittsburgh, dans un communiqué. Ces tests sont coûteux et prennent beaucoup de temps à planifier, et de nombreux patients, même aux États-Unis, n'ont pas accès aux scanners IRM et TEP. L'accessibilité est un problème majeur." Le développement d'outils simples détectant les signes de la maladie d'Alzheimer dans le sang est une étape importante vers une meilleure accessibilité.

Cerveau : taux du biomarqueur similaires à ceux de la protéine tau

Pour ce faire, les chercheurs ont conçu un anticorps spécial qui se lie sélectivement au BD-tau, le rendant facilement détectable dans le sang. Ils ont validé leur test sur plus de 600 échantillons de patients issus de cinq cohortes indépendantes, y compris ceux de patients dont le diagnostic de maladie d'Alzheimer a été confirmé après leur décès, ainsi que de patients présentant des troubles de la mémoire indiquant un stade précoce de la maladie d'Alzheimer.

Les tests ont montré que les niveaux de BD-tau détectés dans des échantillons de sang de patients atteints de la maladie d'Alzheimer à l'aide du nouvel outil de dépistage correspondaient aux niveaux de tau dans le liquide céphalo-rachidien et distinguaient de manière fiable la maladie d'Alzheimer des autres maladies neurodégénératives. Les niveaux de BD-tau étaient également corrélés à la gravité des plaques amyloïdes et des enchevêtrements de tau dans le tissu cérébral confirmés par des analyses d'autopsie cérébrale.

"Il y a un énorme besoin de diversité dans la recherche clinique"

Le Pr Karikari et son équipe prévoient de mener une validation clinique à grande échelle du test sanguin. Ces études incluront des personnes âgées, avec des origines ethniques diverses, sans preuve biologique de la maladie d'Alzheimer ainsi que des personnes à différents stades de la maladie. Les scientifiques espèrent que la surveillance des taux sanguins de BD-tau pourrait améliorer la conception des essais cliniques et faciliter le dépistage et le recrutement de patients issus de populations qui, historiquement, n'ont pas été incluses dans les cohortes de recherche.

"Il y a un énorme besoin de diversité dans la recherche clinique, non seulement par couleur de peau mais aussi par milieu socio-économique, souligne le Pr Karikari. Pour développer de meilleurs médicaments, les essais doivent recruter des personnes d'horizons divers et pas seulement celles qui vivent à proximité de centres médicaux universitaires." Ces projets sont cruciaux pour s'assurer que les résultats sont généralisables à des personnes de tous horizons, et ouvriront la voie à la commercialisation du nouveau test sanguin.