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Projet de modernisation de l'Agriculture

Vente d'antibiotiques: les vétérinaires dans le collimateur

Par Audrey Vaugrente

Les cabinets vétérinaires seront fermés ce 6 novembre. Les professionels protestent contre le projet de loi qui prévoit leur retirer la vente de certains antibiotiques.

SAURA PASCAL/SIPA

Les vétérinaires vont exprimer leur colère à l’occasion de la « Journée sans vétérinaires » le 6 novembre prochain. Les cabinets seront fermés et seules les urgences assurées. Ils réagissent au projet de loi de modernisation de l’agriculture pour 2014. Un article souhaite interdire aux vétérinaires la vente de certains antibiotiques. Actuellement, ils prescrivent et vendent eux-mêmes ces classes de médicaments. Le texte prévoit de confier aux pharmaciens cette mission. 

 

Une « décision arbitraire »

Pour le Syndicat national des Vétérinaires en Exercice libéral (SNVEL), ce projet de loi témoigne d’un « mépris » pour la profession et constitue une « atteinte » au diplôme. « Les vétérinaires ne sont pas et ne doivent pas être des ayants droit de second rang. Leur indépendance et leur éthique n’ont pas à subir l’affront de cette restriction, » tonne le syndicat dans un communiqué.

 

Mais la question n’est pas seulement d’ordre éthique. Une part importante des revenus des vétérinaires est liée à la vente des médicaments. Leur supprimer cette ressource revient à condamner les établissements les plus fragiles à mettre la clé sous la porte ou à gonfler leurs prix. Les tarifs n’ont pas augmenté depuis 15 ans pour les consultations, mais une baisse des revenus pourrait pousser les praticiens à compenser. Le SNVEL craint par ailleurs une vague de licenciements dans les cabinets. Il prédit aussi des conséquences sinistres pour les soignants et les propriétaires d’animaux. « Cela se traduira par l’allongement du délai d’intervention lors des urgences, un parcours de soin inutilement compliqué, une moindre disponibilité des traitements pour les animaux. »

 

Agriculteurs en danger ?

La question de la restriction de la vente des médicaments est délicat dans les zones rurales, et plus particulièrement agricoles. L’immédiateté de l’accès au traitement serait remis en cause par ce projet de loi. Les exploitations sont souvent isolées. Se procurer un médicament supposera donc de se déplacer. Les agriculteurs étant souvent occupés par un emploi du temps serré, ces trajets additionnels posent problème.

 

Le SNVEL souligne aussi la question des urgences de nuit. Aucune pharmacie n’est ouverte, ce qui empêche les agriculteurs et les vétérinaires de se procurer le traitement en temps voulu. Conséquence prévisible : une hausse de l’automédication pour les animaux dans les exploitations.

 

Les politiques ne s’excluent pas de cette polémique. Le président du Conseil général de Bourgogne, François Patriat, soutient la profession vétérinaire. Pour lui, « le projet de loi d’avenir pour l’agriculture fait l’objet d’un arbitrage choquant qui met en péril l’existence du réseau des vétérinaires. Sous couvert de lutte contre l’antibiorésistance, on stigmatise une profession qui est pourtant en pointe depuis des années dans la lutte contre l’usage excessif des antibiotiques, » écrit-il dans un communiqué.

 

Une telle mobilisation est très rare : c’est la première grève des vétérinaires depuis 40 ans. En 1974, les manifestants avaient obtenu gain de cause dès le lendemain de leur action. Cette fois-ci, ils ont lancé une pétition baptisée Stop Marisol Touraine.