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Troubles de l'alimentation

Compulsions alimentaires émotionnelles : la faute à l’éducation parentale ?

Par Joséphine Argence

Une étude belge a observé l’influence des parents vis-vis du rapport à la nourriture chez les adolescents. Certaines conduites alimentaires pourraient favoriser l’apparition de ce qu'on appelle "l’alimentation émotionnelle". 

Tetiana Soares/IStock
Les familles peuvent influer le rapport à la nourriture chez les adolescents.
L’anorexie mentale, un trouble du comportement alimentaire, se déclenche le plus souvent aux alentours de 14-17 ans.

L’alimentation émotionnelle se caractérise par le fait de moduler ce que l’on mange en fonction de notre état émotionnel. Un comportement qui permet de dépasser, du moins temporairement, un sentiment désagréable comme de la tristesse, de la colère ou de l’anxiété. Cependant, cette habitude alimentaire pose problème : elle a tendance à pousser une personne à manger des aliments sucrés et gras qui peuvent entraîner une prise de poids. Outre ce risque, elle favorise l’apparition de conduites dangereuses comme les troubles du comportement alimentaire.

Les adolescents vulnérables

Dans une étude publiée dans le Journal of Nutrition Education and Behavior, des scientifiques ont observé la vulnérabilité des adolescents face à l’alimentation émotionnelle. Elle a notamment mis en évidence comment certaines pratiques alimentaires utilisées par les parents peuvent impacter leur relation vis-à-vis de la nourriture. Les travaux ont été menés en 2017 auprès de 218 adolescents vivant dans la région flamande en Belgique. Dans le cadre de la recherche, un parent de chaque famille a rempli un questionnaire sur l’alimentation de son enfant et un second sur ses habitudes alimentaires. Près de neuf pratiques alimentaires parentales ont été étudiées, telles que la restriction alimentaire ou l'utilisation de la nourriture en tant que récompense lorsque l’adolescent réalise une bonne action ou a de bonnes notes. 

"On a précédemment constaté que l'alimentation émotionnelle était plus apprise qu'héritée. Cette étude a examiné non seulement l'interaction entre les parents lorsqu'ils nourrissent leurs enfants, mais aussi ce que les enfants ont appris en regardant leurs parents manger", a souligné Joanna Klosowska, doctorante au Département de santé publique et de soins primaires de l’Université de Gand (Belgique) et co-auteure de l’étude. 

Les parents influencent le rapport à la nourriture 

La nourriture utilisée comme récompense et les restrictions alimentaires ont favorisé l’apparition de l’alimentation émotionnelle chez les adolescents, en particulier chez ceux qui ont eu du mal à contrôler leurs sentiments. À l’inverse, un jeune qui n'a pas vécu de privation ou qui n'a pas été félicité avec de la nourriture a eu moins de difficultés à réguler ses émotions. Il était donc moins susceptible de souffrir de ces compulsions alimentaires émotionnelles. 

"Cette étude a suggéré que les parents continuent à jouer un rôle important dans le comportement alimentaire de leurs enfants même à l’adolescence (…) des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre l'impact de la restriction alimentaire faite par un parent sur l'alimentation émotionnelle de l’enfant", a précisé Joanna Klosowska.