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Ces médicaments destinés à soulager nausées et vomissements peuvent provoquer un AVC

Par Mathilde Debry

Couramment utilisés pour lutter contre les nausées et les vomissements, le dompéridone, le métoclopramide et le métopimazine augmentent les risques de faire un accident vasculaire cérébral (AVC). 

Lyndon Stratford / istock.
A ce jour, aucune étude n’avait été publiée évaluant le risque d’AVC ischémique associé à une exposition aux antiémétiques antidopaminergiques.
Ces médicaments sont pourtant utilisés de façon très courante : en 2017 en France, plus de 4 millions de personnes avaient eu au moins un remboursement de métopimazine.

Une nouvelle étude française, publiée dans le British Medical Journal, a mis en évidence une association entre la prise de médicaments anti-vomissement très courants et le risque de faire un AVC.

Antiémétiques

Chaque année en France, 140 000 personnes sont victimes d’un accident vasculaire cérébral (AVC). Environ 80 % d’entre eux sont des infarctus cérébraux, aussi appelés "AVC ischémiques", liés à l’occlusion d’une artère cérébrale par un caillot sanguin.

Des études ont montré que le risque d’AVC ischémique était augmenté par la prise d’antipsychotiques, des médicaments aux propriétés antidopaminergiques communément prescrits en psychiatrie. Des chercheurs de l’Inserm, de l’université de Bordeaux et du CHU de Bordeaux ont donc décidé d’évaluer ce même risque avec d’autres médicaments antidopaminergiques : les antiémétiques, des pilules utilisées de façon très courante dans le traitement symptomatique des nausées et des vomissements (gastro-entérite aigüe, migraine, contexte post-opératoire, chimiothérapie, radiothérapie).

Les scientifiques ont réalisé une étude dite "cas propre-témoin" en utilisant les données de remboursement de l’Assurance Maladie et celles des admissions à l’hôpital. Dans ce type d’étude, l’utilisation potentielle du médicament dans la période précédant immédiatement l’accident (ici 14 jours) est comparée à la même utilisation au cours d’une période plus ancienne (ici plus d’un mois), où elle ne peut avoir provoqué l’événement.

L’essai a ainsi dans un premier temps analysé les données de 2 612 adultes hospitalisés pour un premier AVC ischémique et ayant débuté un traitement par antiémétiques dans les 70 jours précédant l’accident. Chez ces sujets, les analyses ont retrouvé une plus forte consommation d’antiémétiques dans les jours précédant l’AVC, marquée par un pic d’initiation de traitement sur cette période.

Premiers jours d’utilisation

Pour éliminer un biais dans les résultats qui pourrait survenir si l’utilisation du médicament variait fortement au cours du temps dans la population générale (par exemple, lors d’épidémies de gastro-entérite aiguë), la recherche a dans un second temps considéré, sur la même période, un groupe aléatoirement constitué de 21 859 personnes n’ayant pas présenté d’AVC. Chez ces personnes, aucun pic ou excès d’utilisation d’antiémétiques comparable à celui mis en évidence chez les patients ayant présenté un AVC n’a été retrouvé.

Les résultats de cette étude indiquent donc une augmentation du risque d’AVC ischémique dans les premiers jours d’utilisation des médicaments antiémétiques antidopaminergiques. Cette augmentation de risque a été retrouvée pour les trois antiémétiques étudiés : dompéridone, métoclopramide, métopimazine. 

"Cette première recherche apporte un signal fort, portant sur des médicaments largement utilisés dans la population générale. Dans l’immédiat, il parait très important que ces résultats puissent être répliqués dans d’autres études, qui pourraient en outre apporter des indications sur la fréquence de cet effet indésirable, que nous ne pouvions pas mesurer ici compte tenu de l’approche méthodologique retenue. Disposer d’informations précises sur les sous-types d’AVC ischémiques et leur localisation permettrait également d’explorer les mécanismes en cause", conclut Anne Bénard-Laribière, l’une des auteurs de l’étude.