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Immunité

Covid-19 : les habitués des rhumes ont plus de chances de faire des formes légères

Par Diane Cacciarella

Les personnes ayant souvent des rhumes auraient moins de risque de développer une forme grave de la Covid-19 car leur système immunitaire est en contact régulier avec d’autres souches du coronavirus, ce qui le rend plus efficace.

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Les cellules immunitaires seraient plus efficaces pour vaincre la Covid-19 si elles ont déjà été en contact avec d’autres coronavirus, notamment ceux liés au rhume. 
Ainsi, les cellules immunitaires seraient plus rapides pour répondre au virus. Un gain de temps salvateur pour certains patients. 

Être souvent enrhumé pourrait devenir une bonne nouvelle ! Des chercheurs viennent de publier une étude dans la revue Science Immunology (https://immunology.sciencemag.org/content/6/61/eabg5669) prouvant que les personnes qui ont souvent des rhumes seraient moins susceptibles de développer une forme grave de la Covid-19. La raison est simple : certaines cellules dites “tueuses” - ou également appelées lymphocytes T - du système immunitaire de ces patients se souviennent des rencontres précédentes avec les coronavirus saisonniers, responsables d’environ un quart des rhumes courants chez les enfants. Ainsi, les cellules du système immunitaire savent déjà comment lutter contre ce type de virus et sont donc plus efficaces contre le SRAS-CoV-2. 

Les lymphocytes T repèrent et enregistre les agents pathogènes

Pour parvenir à ce résultat, les chercheurs ont prélevé des lymphocytes T chez des patients atteints de la Covid-19. "Les agents pathogènes évoluent rapidement et  apprennent à cacher leurs caractéristiques à nos anticorps", développe Mark Davis, l’un des auteurs. Autrement dit, les chercheurs ont exclu de travailler sur les anticorps et se sont concentrés sur les lymphocytes T, qu’ils jugent plus intéressants. En effet, ces derniers n’ont pas la même façon de repérer les agents pathogènes que les anticorps et sont donc plus difficiles à tromper. Dans le détail, quand nos cellules rencontrent un agent pathogène, elles le signalent en affichant un échantillon de celui-ci à leur surface. Ainsi, quand les lymphocytes T contrôlent l’état des cellules, ils voient immédiatement l’échantillon et activent le système immunitaire pour tuer cet agent pathogène. En parallèle, des cellules tueuses dites mémoire travaillent également pour “enregistrer” l’agent pathogène. Le but de cet archivage est que le système immunitaire sache immédiatement comment combattre le virus la prochaine fois qu’il le rencontre. 

Les lymphocytes T plus efficace contre le SRAS-CoV-2 chez les patients enrhumés

Une autre étape de la recherche des scientifiques a été d’analyser des échantillons de sang prélevés sur des donneurs sains avant le début de la pandémie, ce qui signifie qu'ils n'avaient jamais rencontré le SRAS-CoV-2. Ainsi, ils ont découvert que les lymphocytes T d'individus n’ayant jamais été exposés au SRAS-CoV-2 étaient parfois plus efficaces que ceux des patients ayant été en contact avec le SRAS-CoV-2 mais n’ayant pas eu de rhumes les mois précédents. Les chercheurs estiment que ceux n’ayant jamais été  exposés au SRAS-CoV-2 avaient probablement déjà rencontré des souches moins graves du coronavirus. Les cellules s’en souvenaient et avaient ainsi pu mieux adapter leur réponse grâce à leur expérience. "Les cellules mémoire sont de loin les plus actives dans la défense contre les maladies infectieuses, souligne Mark Davis. Pour combattre un agent pathogène, c’est ce qu’il faut. C'est d’ailleurs ce que les vaccins sont censés faire". 

Une action plus rapide lorsque les lymphocytes T connaissent d’autres coronavirus

Les cellules du système immunitaire mettent plusieurs jours à adapter leur réponse lorsqu'elles rencontrent un virus pour la première fois. "Ce temps perdu peut faire la différence entre un patient qui va être asymptomatique et celui qui va mourir de la maladie", poursuit le chercheur. D’autre part, les patients qui réagissent le mieux au virus sont aussi ceux ayant le plus grand nombre de lymphocytes T, qui agissent donc à la fois contre le SARS-CoV-2 mais aussi contre d’autres souches de coronavirus. En revanche, chez les patients malades, les lymphocytes T luttaient exclusivement contre le SARS-CoV-2, ce qui signifie qu’ils étaient partis de zéro pour répondre à l’agent pathogène Covid-19. Ils ont donc perdu du temps. "Il se peut que les patients atteints d’une forme sévère de la Covid-19 n'aient pas été infectés, ou du moins pas récemment, par des souches de coronavirus plus douces, ils n'ont donc pas conservé de cellules tueuses de mémoire efficaces", conclut Mark Davis. 

En France, 111 164 personnes sont mortes de la Covid-19 depuis le début de l’épidémie.