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Différences entre les sexes

Vaccins à ARN : pourquoi sont-ils plus efficaces chez les hommes ?

Par Mégane Fleury

Les vaccins Moderna et Pfizer-BioNTech sont légèrement plus efficaces chez les hommes. Les nanoparticules qu’ils contiennent seraient en cause.

AtlasStudio/istock
Les vaccins de Pfizer BioNTech et de Moderna utilisent l'ARN messager, contrairement à l'AstraZeneca ou au Johnson & Johnson, qui reposent sur l'adénovirus, un virus non pathogène.
Les femmes sont aussi plus touchées par les effets secondaires du vaccin, notamment les thromboses.
Une autre étude de Morteza Mahmoudi montre que le virus peut affecter différemment les cellules des hommes et des femmes.

Ce sont des différences légères à première vue, mais qui sont énormes à l’échelle de la planète. Le vaccin développé par le laboratoire Moderna est efficace à 95,4% chez les hommes contre 93,1% chez les femmes, celui de Pfizer et BioNTech protège à 96,4% les hommes du Covid-19, contre 93,7% pour les femmes. Cette différence entre les deux sexes suscite l’intérêt d’un chercheur de la Michigan State University. Il a récemment publié trois études sur le sujet. Selon lui, la technologie ARN est responsable de ces inégalités face au vaccin : elle consiste à injecter des molécules d’acide ribonucléique. Celles-ci vont être converties en protéine Spike, qui permet normalement au virus de pénétrer dans les cellules humaines. Ainsi, si la personne est infectée, ses cellules immunitaires vont reconnaître les protéines Spike et les détruire. Les sérums injectés contiennent des nanoparticules lipidiques, utilisées comme des vecteurs pour les fragments d’ARN : elles les protègent et facilitent leur accès aux cellules.

Quel est le rôle des cellules tueuses naturelles ?

Morteza Mahmoudi, aidé par une équipe de l’université Sapienza de Rome, a mis au point une expérience pour comprendre le rôle des nanoparticules lipidiques dans les différences d’efficacité du vaccin. Les conclusions de cet essai sont présentées dans Molecular Pharmacology. Des échantillons de sang ont été prélevés chez 18 patients, huit hommes et dix femmes. Ils y ont injecté des nanoparticules lipidiques, semblables à celles présentes dans les vaccins à ARN. Les chercheurs ont ensuite observé comment les cellules immunitaires les ont absorbées. Ils constatent des différences importantes dans un cas particulier, celui des cellules tueuses naturelles. "Ces cellules sont responsables de la recherche des cellules infectées, celles qui produisent le virus, et elles peuvent les tuer, expliquent le scientifique américain. Nous avons constaté qu’elles répondent aux nanoparticules lipidiques différemment selon le sexe." Chez les femmes, elles absorbent moins bien les nanoparticules, en comparaison aux hommes. Cette mauvaise absorption serait responsable de l’efficacité réduite du vaccin.

Quelle solution face à ces inégalités de sexe ?

Morteza Mahmoudi et son équipe suggèrent de placer les nanoparticules dans le plasma d’un donneur, pour que les protéines qu’il contient s’attachent aux nanoparticules. Cela créerait un genre de couverture biologique à ces particules. "Comme un nouveau passeport pour les nanoparticules, compare-t-il, cela montre aux cellules comment leur répondre." Pour lui, il ne faut pas être défaitiste face à ces différences, car les données récoltées sont de plus en plus nombreuses. "Les études cliniques ont été réalisées auprès de dizaines de milliers de patients. Nous savons que les différences existent, et que nous devons les surveiller", conclut Morteza Mahmoudi. Une fois les causes clairement identifiées, il espère pouvoir trouver une solution efficace pour y remédier.