ACCUEIL > QUESTION D'ACTU > L'humanitaire, un terrain de formation pour les jeunes médecins

Médecins sans frontières

L'humanitaire, un terrain de formation pour les jeunes médecins

Par Cécile Coumau avec Mathias Germain

Médecins sans frontières a signé un partenariat avec le CHU de Brest. Des internes en médecine partent en stage à l'autre bout du monde. La médecine humanitaire n'a rien d'une médecine low cost. 

Une mission MSF en Somalie. KAREL PRINSLOO/AP/SIPA
MOTS-CLÉS :

« Je ne regarde plus les personnes qui entrent en consultation de la même manière ». Interne en médecine générale, âgé de 28 ans, Clément Cogneau évoque avec passion son stage de six mois à l’hôpital local de Bétou, une petite ville au fin fond du Congo-Brazzaville. « J’ai dû aiguiser mon sens clinique car là-bas, nous avions très peu accès aux examens complémentaires… »  Clément est le premier interne a avoir fait un stage en mission humanitaire. Sortir des murs de l'hôpital, s'ouvrir à d'autres conceptions de la médecine, découvrir l'Afrique, un rêve pour Clément qui avait fait un voyage d'un mois en touriste au Burkina Faso.


50 enfants à voir tous les matins

Grâce à un partenariat unique entre Médecins sans frontières (MSF) et le CHU de Brest, il a assumé un poste au service de pédiatrie . « Il y avait entre 40 et 50 enfants à voir tous les matins à la visite. » Paludisme, dénutrition, prématurité… Clément a dû faire face à de nombreuses situations. « Je me suis vraiment senti utile, nous avons pu sauver beaucoup d’enfants, mais c’est vrai que j’ai aussi été confronté à la mort car hélas nous n’avions pas accès à tous les moyens techniques dont nous disposons en France. »

Ecouter le Dr Clément Cogneau. « On ne réagit pas du tout de la même façon en Occident et en Afrique. »


Comme Clément Cogneau, d'autres internes au CHU de Brest vont partir en mission avec MSF. L'ONG n'a pourtant pas vraiment de mal à recruter des médecins mais « nous peinons à les fidéliser, explique le Dr Claire Rieux, vice-présidente de Médecins sans frontières. Par ailleurs, beaucoup de nos missions sont aujourd'hui des programmes hospitaliers, avec parfois jusqu'à 500 lits. Nous avons donc besoin de nous ouvrir sur l'hôpital.» Pour la faculté de médecine comme pour les internes, ce partenariat présente aussi plusieurs avantages : les jeunes internes réapprennent la clinique, ils sont confonté à des populations qu'ils seront peut-être amenés à soigner de retour en France et ils se forment à des notions de santé publique. 


Pas de mission d'urgence pour les internes

Bien sûr, pas question d'envoyer de tous jeunes médecins à l'autre bout du monde. « Ils ont obligatoirement la capacité de remplacement, prévient la vice-présidente de MSF. Et puis, nous ne les envoyons sur des missions d'urgence très chaudes. Ils partent sur des missions de post-crise.» C'est le cas du programme de Bétou, où est parti le tout premier interne de Brest.


Depuis 2009, MSF envoie des médecins volontaires dans le district de Bétou. L’ONG française propose des soins de santé primaires et secondaires. Le programme de Bétou a été ré-ouvert en novembre 2009 lors de l’arrivée de dizaines de milliers de personnes fuyant un conflit dans la province de l’Equateur en République démocratique du Congo (RDC). Plus de 140 000 réfugiés sont venus s’installer dans le département de la Likouala. Le dernier recensement du Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies (UNHCR) de décembre 2011 estimait la population réfugiée dans le district de Bétou à plus de 59 000 personnes, et la population résidente à 35 000 habitants. L’hôpital de Bétou compte environ 90 lits. Chaque mois, 450 patients sont hospitalisés, dont la moitié en maternité et près d’un tiers en pédiatrie. Les principales raisons d’hospitalisation chez les enfants sont le paludisme et les infections respiratoires.

Ecouter le Dr Clément Cogneau. « A l’hôpital local, je m’occupais de trois secteurs de pédiatrie ».


Faire un bon diagnostic sans bénéficier des examens complémentaires était la première difficulté. La deuxième : franchir la barrière de la langue. « Là-bas le dialecte local, c’est le lingala, explique Clément. Mais la communication ne passe pas seulement par la langue, les gestes et les regards disent aussi beaucoup. » Pour lui aucun doute, sa mission pour MSF a été particulièrement enrichissante.


D’autres internes devraient pouvoir profiter de cette expérience. Le partenariat signé entre MSF et le CHU de Brest prévoit deux stages pour les internes en médecine générale. Il devrait s’élargir et s'ouvrir aux étudiants en gynécologie ou en chirurgie. Et d'autres facs de médecine frappent déjà à la porte de MSF.