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Dépression

La psilocybine plus efficace que les antidépresseurs ?

Par Diane Cacciarella

La psilocybine est une substance présente dans les champignons hallucinogènes. Celle-ci pourrait réduire les symptômes et permettre la rémission des formes graves de dépression.

Alexander_Volkov/iStock
En plus de la psilocybine, une psychotérapie doit être menée pour maximiser ses effets contre la dépression.
Aucun effet secondaire n'a été rapporté dans l'étude des effets de la psilocybine.

Les traitements contre la dépression seraient efficaces dans 70% des cas, selon l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Une étude publiée dans la revue New England Journal of Medicine pourrait, à terme, proposer une nouvelle prise en charge aux personnes atteintes de troubles dépressifs.

Durant leur essai clinique, les chercheurs ont remplacé les antidépresseurs habituellement administrés à ces patients par de la psilocybine, une substance présente dans les champignons hallucinogènes. Les résultats sont probants : deux doses pourraient être aussi efficaces que l’antidépresseur le plus communément prescrit, mais à condition que les patients suivent une psychothérapie en parallèle. “Avec un psychédélique, il s’agit davantage d’une libération de la pensée et du sentiment qui, lorsqu’ils sont guidés par la psychothérapie, produisent des résultats positifs.” Autrement dit, le psychédélique à lui seul ne suffit pas. Les participants à l’essai clinique n’ayant reçu que de la psilocybine ont d’ailleurs estimé qu’ils avaient mieux compris pourquoi ils étaient déprimés, sûrement aussi grâce à la psychothérapie.

Deux prises de psilocybine en six semaines...

L’essai clinique a duré six semaines et a concerné deux groupes de personnes atteintes de trouble dépressif majeur, de modéré à sévère. Le premier était composé de 30 individus. Ceux-ci ont reçu deux fois 25 milligrammes de psilocybine à trois semaines d’intervalle. Ces doses sont assez fortes pour provoquer des “trips” de trois à quatre heures et des effets vécus comme mystiques. Entre ces prises, les participants prenaient des placebos.  Dans le second groupe, les 29 personnes ont également pris deux doses de psilocybine à trois semaines d’intervalle, mais à des grammages très faibles ne produisant quasiment pas d’effet. En revanche, le reste du temps, ils prenaient des antidépresseurs. Pour l’ensemble des 59 participants, une séance de thérapie psychologique était prévue le jour suivant la prise de psilocybine.

...toujours suivies d’une séance de psychothérapie

À la fin de l’essai, les participants ont rempli un questionnaire. Selon les réponses, la gravité des symptômes dépressifs avait diminué dans les deux groupes. Mais la différence est surtout flagrante pour la rémission, c’est-à-dire la disparition totale de tous les symptômes. En effet, 57% des participants ayant reçu une forte dose de psilocybine étaient en rémission de leur dépression à la fin des six semaines contre seulement 28% dans l’autre groupe. De plus, sur tous les participants, aucun effet secondaire n’a été rapporté. “Je pense qu’il est juste de dire que les résultats signalent l’espoir que nous envisageons un traitement alternatif prometteur pour la dépression”, estime Robin Carhart-Harris, chef du centre de recherche psychiatrique à l’Imperial College de Londres.

Néanmoins, d’autres essais cliniques et travaux seront nécessaires avant d’envisager la commercialisation et l’usage de la psilocybine comme médicament pour la dépression. Un enjeu important car une personne sur cinq a souffert ou souffrira d’une dépression au cours de sa vie, selon l’Inserm