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Présence des bactéries

La tuberculose présente chez l’homme depuis plus 70 000 ans

Par Mathias Germain

Les bactéries responsables de la tuberculose auraient commencé à infecter les hommes il y a plus de 70 000 ans en Afrique, selon une étude parue dans Nature Genetics. 

Les bactéries responsables de la tuberculose accompagneraient l’homme depuis plus 70 000 ans. Une découverte qui bouscule les connaissances sur les origines de la maladie. Jusqu’à présent, les experts estimaient que ces bactéries se seraient développées il y a 10 000 ans chez l’animal et qu’elles auraient ensuite colonisé les hommes. « On ne peut pas totalement exclure que ces bactéries aient été présentes en premier chez l’animal, explique le Pr Sebastien Gagneux, chercheur à l’Institut suisse de santé publique et tropicale, spécialiste de la tuberculose et co-auteur d'un papier paru dans Nature Genetics. Mais le fait qu’on constate leur présence il y a 70 000 ans exclut une infection chez l’homme à partir d’animaux domestiques puisqu’à cette période les chasseurs cueilleurs n’avaient pas encore apprivoisé d’animaux, la révolution agricole du néolithique n’avait pas eu lieu. » 
Ces travaux ont été réalisés à partir du séquençage de 259 souches de bactéries. Les chercheurs ont ainsi établi leur arbre généalogique ainsi que leurs origines géographiques. « Nous avons ainsi constaté que la plupart des familles de bactéries responsables de la tuberculose ont une origine africaine », poursuit le chercheur.

Ecouter le Pr Sébastien Gagneux, chercheur à l’Institut suisse de santé publique et tropicale. « On a vu que l’Afrique contient la plus grande diversité de bactéries de tuberculose ».
 

A partir de ces travaux, les chercheurs émettent aussi l’hypothèse que les bactéries de tuberculose auraient développé une stratégie de latence avant de devenir virulente chez l’homme. En effet, comment la tuberculose a réussi à survivre parmi les petits groupes de chasseurs cueilleurs ? « Si ces bactéries étaient aussi virulentes à l’époque qu’aujourd’hui, toutes ces personnes seraient mortes et les bactéries auraient peut-être aussi disparu, suggère le Pr Gagneux.  Leur virulence s’explique peut-être par un processus évolutif. Une fois que la population humaine a commencé à se multiplier, au cours de la révolution du néolothique, ou plus tard au cours de la révolution industrielle. » Les chercheurs supposent donc que la mondialisation et l’évolution croissante de la démographie pourraient encore accentuer la virulence de ces bactéries. 

Rappelons que la tuberculose demeure une menace mondiale. Elle est responsable de 1,4 million de décès en 2011, selon l'Organisation mondiale de la Santé, notamment dans les pays en voie de développement. Mais, même en France, la vigilance reste de mise.
L’Institut national de veille sanitaire (Invs) rappelait en 2010 que le nombre de cas de tuberculose en France déclarés était de 5 187. Les régions avec les plus forts taux de déclaration étaient l’Île-de-France et la Guyane. Les taux de déclaration étaient élevés parmi les personnes sans domicile fixe et celles nées à l’étranger, notamment dans des pays à forte prévalence de tuberculose. « On peut aussi retenir un aspect très pratique de nos recherches, poursuit le Pr Gagneux. Pour développer de nouveaux antibiotiques, et surtout de nouveaux vaccins efficaces sur tout le globe, il est nécessaire que les laboratoires prennent mieux en compte la grande diversité des souches de bactéries. »

Ecouter le Pr Sébastien Gagneux. « Jusqu’à présent les laboratoires ne travaillent que sur un nombre limité de souche bactérienne, qui ne colle pas vraiment avec la diversité réelle. »