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Obésité, troubles psychiatriques, isolement social

Le harcèlement à l'école laisse des séquelles à l'âge adulte

Par Cécile Coumau

Le harcèlement à l'école est une bombe à retardement. Une étude américaine révèle que les enfants victimes de harcèlement ont six fois plus de risque de souffrir d'une maladie grave et d'être fumeur.

DURAND FLORENCE/SIPA

Le harcèlement à l’école peut laisser des séquelles irréversibles. Plusieurs études ont déjà mesuré l’impact du harcèlement sur les résultats scolaires mais l’onde de choc est bien plus forte qu’on pourrait le penser.


Une étude publiée dans la revue Psychological Science suggère que les enfants souffre-douleur paient encore le prix fort à l’âge adulte. Le suivi de 1400 personnes âgées de 9 à 26 ans a révélé que les adultes ayant été victimes de harcèlement pendant leur enfance ont six fois plus de risques de souffrir « d’une pathologie grave, d’être un fumeur régulier ou encore de développer un trouble psychiatrique » que ceux qui n’ont pas été des « têtes de turc ». Le risque d’avoir une maladie sexuellement transmissible est lui plus que doublé. La probabilité de souffrir d’obésité est quant à elle augmentée de 56%.


Des risques majorés pour les harcelés devenus harceleurs
Mais les chercheurs américains de la Duke et Warwick university ont cherché à en savoir plus sur les séquelles du harcèlement. Ils ont donc suivi trois groupes de patients : les harcelés, les harceleurs et ceux qui ont été les deux à la fois. Concernant les harceleurs, les conséquences semblaient plutôt limitées. En revanche, le groupe le plus vulnérable est manifestement celui des victimes devenues bourreaux. Pour eux, les conséquences ne sont pas que sanitaires mais aussi sociales : le taux de personnes accusées de crimes est multiplié par trois dans ce groupe, alors qu’il est « seulement » doublé chez les agresseurs, et augmenté de 60% chez les victimes. Ces victimes devenues harceleurs ont aussi des parcours professionnels beaucoup plus cahotiques. Pour le Pr Dieter Wolke, co-auteur de l’étude, « cela montre comment le harcèlement peut se propager s’il n’est pas traité ». Selon lui, « il est nécessaire de développer de nouveaux outils pour aider les professionnels à identifier et traiter les effets du harcèlement. En tout cas, nous ne pouvons continuer à considérer le harcèlement comme un événement inoffensif et pratiquement inévitable de la croissance » chez les jeunes.


12% des élèves sont harcelés
C’est précisément pour lutter contre ce qui ne doit pas être une fatalité que le ministère de l’Education nationale a publié en septembre 2011 un guide sur « Le harcèlement entre élèves ». Les conséquences à long terme de tels agissements y sont abordées. « Il suffit qu’une situation ayant des points communs avec la situation initiale se présente dans la vie du sujet pour que la symptomatologie anxio-dépressive réapparaisse », soulignaient les auteurs du guide. « Les conduites addictives ou les tentatives de suicide ne sont alors pas rares. Le harcèlement est une bombe à retardement. »

Selon l’enquête réalisée en 2010 pour l’Observatoire de la violence à l’école, 11 à 12% des élèves ont subi une forme de harcèlement, moral ou physique.