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Aedes aegypti

L’appétence des moustiques pour les humains est inscrit dans leur gène

Par Jean-Guillaume Bayard

Les zones où les moustiques sont les plus agressifs envers les humains sont les endroits les plus secs et les plus denses en population. Cela est due à leur dépendance aux humains et au stockage de l'eau humaine pour leur cycle de vie. Un processus désormais ancré dans les gènes des moustiques et qui devrait s’empirer avec l’urbanisation de nos sociétés.

nechaev-kon/iStock
Il s'agit de la premère étude empirique sur la question de savoir pourquoi les moustiques préfèrent piquer les humains que les animaux dans certaines régions du monde.
Ce comportement des moustiques d'être attiré par les humains dans les zones denses et sèches est apparu avec le temps et s'est ancré dans leurs gènes.

Les beaux jours d’été riment souvent avec piqûre de moustique. Pourtant une question n’avait pas été clairement étudiée : pourquoi les moustiques préfèrent-ils piquer les humains plutôt que les animaux ? Une étude, réalisée par des chercheurs de l’université de Princeton (Etats-Unis) et dont les résultats ont été publiés le 23 juillet dernier dans la revue Current Biology, a trouvé la raison et pointe deux facteurs environnementaux : la sécheresse et la densité de population.

Première étude empirique

Pour comprendre le comportement des moustiques, les chercheurs se sont intéressés aux moustiques Aedes aegypti, qui sont le principal vecteur de propagation de la dengue, du Zika, de la fièvre jaune et du virus Chikungunya. “Les moustiques Aedes aegypti sont envahissants dans toutes les régions tropicales du monde, où une forte préférence pour les hôtes et les habitats humains en fait d'importants vecteurs de maladies, Carolyn McBride, chercheuse à l'université de Princeton et autrice de l’étude. Nous avons constaté que dans leur aire de répartition naturelle de l'Afrique subsaharienne, ils montrent une attraction extrêmement variable pour les hôtes humains, allant d'une forte préférence pour les humains à une forte préférence pour les animaux.”

En étudiant le comportement de ces moustiques, les chercheurs ont observé que ce sont les endroits où les saisons sèches sont intenses qui sont les zones où ils piquent essentiellement les humains. “Nous pensons que c'est parce que les moustiques dans ces climats sont particulièrement dépendants des humains et du stockage de l'eau humaine pour leur cycle de vie”, avance la chercheuse. Les chercheurs sont les premiers à avoir étudié empiriquement la question de savoir pourquoi cette espèce a évolué pour piquer sélectivement les humains. Pour cela, ils ont utilisé des pièges spéciaux pour collecter le moustique Aedes aegypti provenant de 27 endroits différents à travers l'Afrique subsaharienne. De retour au laboratoire, ils ont testé les préférences de chacune de ces populations de moustiques pour l'odeur des gens par rapport aux autres animaux.

Des zones denses

La première conclusion des chercheurs est que les moustiques vivant dans les villes urbaines denses sont plus attirés par les humains que ceux des régions plus rurales ou sauvages. Les chercheurs notent que cela ne s'applique qu'aux villes modernes particulièrement denses et que ça ne constitue pas l’origine de l’appétence de ces moustiques pour l’Homme. Les moustiques aegypti ont évolué pour se spécialiser dans la piqûre des humains. “J’ai été surpris que l'habitat immédiat n'ait pas beaucoup d’effet, s’est étonnée la chercheuse. Les moustiques dans les forêts et les villes voisines ont un comportement similaire. Nous pensions que peut-être se déplacer dans les paysages humains serait un facteur clé d'attraction pour les hôtes humains. Mais il semble que les moustiques volent trop facilement entre ces habitats pour que leur comportement diverge dans de nombreux cas.”

Leur deuxième découverte est que les moustiques vivants dans des endroits avec des saisons sèches plus longues et plus chaudes ont montré une forte préférence pour un parfum humain par rapport à un parfum animal. “Lorsque nous avons adopté une vision plus régionale des choses, nous avons vu que les régions avec des populations humaines denses ont des moustiques avec une plus grande attraction pour les hôtes humains, mais cela ne dépendait pas de l'habitat précis que nous les avons collectés dans chaque région, a observé Carolyn McBride. J'ai également été surpris que le climat soit plus important que l'urbanisation pour expliquer les variations de comportement actuelles. De nombreux moustiques vivant dans des villes assez denses ne préfèrent pas particulièrement piquer les hôtes humains.”

Une appétence ancrée dans les gènes

Les chercheurs montrent que de nombreux gènes concentrés dans quelques parties clés du génome ont conduit à ce changement évolutif dans les préférences de piqûres des moustiques. Le changement climatique ne devrait pas entraîner de changements majeurs dans la dynamique de la saison sèche. De plus, l’urbanisation rapide pourrait pousser plus de moustiques à piquer les humains dans de nombreuses villes d'Afrique subsaharienne au cours des 30 prochaines années. Les chercheurs souhaitent désormais comprendre pourquoi les moustiques se spécialisent d'abord sur certains hôtes, quels gènes spécifiques et quels changements génétiques sont les plus importants.