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Interview

Généralisation des tests Covid-19 aux aéroports : “Un petit plus, mais une fausse sécurité”

Par Mathilde Debry

Le premier ministre Jean Castex a annoncé ce vendredi un renforcement des dépistages du coronavirus dans les aéroports. Jean-Paul Stahl, infectiologue au CHU Grenoble Alpes, nous livre son analyse de la mesure. 

Sam Thomas/iStock
Les voyageurs venus d'un pays classés rouge devront présenter un document qui prouve qu’ils ont bien réalisé un test PCR avant leur départ, et surtout qu’il s’est révélé négatif.
Concernant les pays classés vert, les voyageurs ne seront pas testés à condition de prouver qu’ils viennent d’un pays à faible risque épidémique par une attestation.

A la suite du Conseil de défense tenu un peu plus tôt dans la journée en présence d’Emmanuel Macron, le premier ministre a annoncé un renforcement des contrôles au niveau des aéroports français. “Nous avons décidé de généraliser les tests à l'arrivée", a annoncé Jean Castex lors de sa visite à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. La mise en place du dispositif, destiné à lutter contre une deuxième vague de coronavirus, aura lieu “dans les jours qui viennent et, au plus tard, au 1er août".

Placé en quarantaine en cas de refus 

Plus précisément, les voyageurs venus d'un pays classés en rouge sur l’échelle pandémique devront présenter un document qui prouve qu’ils ont bien réalisé un test PCR avant leur départ, et surtout qu’il s’est révélé négatif. En l’absence de test réalisé en amont du voyage, le passager devra se soumettre à un dépistage au sein de l’aéroport. La personne pourrait être placée en quarantaine en cas de refus. Par ailleurs, les cas positifs seront immédiatement placés en quatorzaine.

Concernant les pays classés vert, les voyageurs ne seront pas testés à condition de prouver qu’ils viennent d’un pays à faible risque épidémique par une attestation. “C’est un petit plus, mais ce n’est pas avec ça que l’on va faire disparaître le coronavirus, analyse Jean-Paul Stahl, infectiologue au CHU Grenoble Alpes. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que ces tests ne prennent pas en compte le temps d’incubation du virus. En d’autres termes, une personne testée à l’aéroport peut être négative au coronavirus, mais être pourtant contaminée et devenir positive le jour d’après. La seule mesure vraiment efficace serait de mettre en quarantaine pendant deux semaines tous les arrivants aux aéroports français, afin d’être sûr que la période d’incubation est passée", poursuit le spécialiste.

Concernant les tests effectués aux départs des voyages en avion, Jean-Paul Stahl ajoute : “C’est intéressant, mais dans la mesure où les pays qui font le test soit fiables, ce qui n’est pas toujours le cas.”

Augmentation des cas de coronavirus en France métropolitaine

Dans son dernier bilan, Santé publique France note une augmentation des cas de coronavirus en France métropolitaine (+27%), tandis que le nombre de dépistages croit faiblement (+3%). Les admissions en réanimation ne diminuent plus, et l’incidence de la Covid-19 chez les personnes âgées est de plus en plus importante.

“La seule manière efficace de lutter contre le coronavirus, c’est le port du masque, l’évitement des lieux bondés/clos, et le respect des gestes barrière, notamment en laissant au moins un mètre entre chacun d’entre nous. Et là-dessus, la plupart des Français sont en train de faire n’importe quoi, poursuit Jean-Paul Stahl. Les tests dans les aéroports sont une fausse sécurité, puisque beaucoup de gens vont passer au travers. Le seul vrai intérêt de ces tests, c’est la recherche humaine que l’on peut effectuer dessus. Ils permettent de recenser l’ensemble des personnes avec qui le malade a été en contact rapproché au cours des jours précédant l’apparition des symptômes, afin qu’elles soient immédiatement invitées à se faire tester et qu’elles observent une période d’isolement à leur domicile. C'est ce que l'on appelle le contact tracing", conclut le spécialiste.

Le test de dépistage PCR consiste en un prélèvement naso-pharyngé (dans la gorge, le nez et le nasopharynx). L’infirmier ou le biologiste (médecin ou pharmacien) insère dans les deux narines un écouvillon (une sorte de long coton-tige) pour prélever les cellules nasales profondes. L’échantillon est ensuite analysé en laboratoire pour détecter les gènes spécifiques du SARS-CoV-2.