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Réchauffement climatique

La combinaison chaleur et humidité, nouveau fléau mondial

Par Jean-Guillaume Bayard

Des chercheurs ont observé des épisodes de chaleur et d’humidité dans plusieurs régions du monde qui dépassent ce que l'on imaginait, tant en intensité qu'en fréquence. Des évènements qui dépassent par endroits la limite théorique de survie humaine.

Golfcphoto/iStock

Plusieurs études antérieures ont estimé l’arrivée d’épisodes de chaleur et d’humidité extrêmes atteignant des niveaux rarement, voire jamais, atteints auparavant par les humains. Une nouvelle étude remet ça en question puisque celle-ci, publiée dans la revue Science Advances, conclut que de tels épisodes sont d’ores et déjà observables dans différentes régions du monde. “Des études antérieures prévoyaient que cela se produirait dans plusieurs décennies, mais cela montre que cela se produit en ce moment, a déclaré l'auteur principal Colin Raymond, chercheur à l'université Columbia (États-Unis). La durée de ces événements augmentera et les zones qu'ils affecteront augmenteront en corrélation directe avec le réchauffement climatique.

Une surchauffe du corps humain

Les chercheurs ont analysé les données météorologiques mondiales de 1979 à 2017 et ont constaté que les combinaisons de chaleur et d’humidité ont doublé durant cette période. Certaines régions ont même vu des incidents causés par cette combinaison se répéter de nombreuses fois : en Inde, au Bangladesh, au Pakistan mais également dans le nord-ouest de l’Australie ou encore dans le golfe de Californie au Mexique. Les relevés les plus élevés, pouvant parfois être mortels, ont été repérés 14 fois dans les villes de Damman, en Arabie saoudite, à Doha au Qatar et à Ras Al Khaimah aux Émirats arabes unis. Des parties de l'Asie du Sud-Est, du sud de la Chine, de l'Afrique subtropicale et des Caraïbes ont également été touchées. Les États-Unis ont été parmi les plus frappés puisqu’ils ont connu des conditions extrêmes des dizaines de fois, principalement près de la côte dans l'est du Texas, la Louisiane, le Mississippi, l'Alabama et le Florida Panhandle.

La majorité de ces incidents se regroupe généralement sur les côtes, le long des mers, des golfes et des détroits où l'évaporation de l'eau de mer fournit une humidité abondante à aspirer par l'air chaud. À l’intérieur, ces évènements sont favorisés par les vents de mousson, chargés d’humidité, ou dans des vastes zones d’irrigations des cultures. L'humidité aggrave les effets de la chaleur pour notre organisme. Nous refroidissons notre corps grâce à la transpiration et cette eau expulsée élimine l'excès de chaleur corporelle et, lorsqu'elle s'évapore, emporte cette chaleur. Le problème dans les régions humides, c’est que ce processus est compliqué puisque l’air est déjà tellement chargé en humidité qu’il ne peut en absorber plus et l’évaporation de la sueur ralentit. Dans les cas les plus extrêmes il peut même s’arrêter, le cœur se réchauffe et les organes commencent à défaillir. Une personne, même forte et en bonne forme physique, reposant à l'ombre, sans vêtements et avec un accès illimité à l'eau potable, peut alors mourir en quelques heures.

Un point de basculement

Plus concrètement, les chercheurs mesurent l’effet de la combinaison chaleur et humidité avec l’échelle centigrade (C) dite “à bulbe humide”. Aux États-Unis, ces relevés sont souvent traduits en relevés de Fahrenheit (F) “indice de chaleur” ou “sensation réelle” et des études antérieures suggèrent que l’humain ne peut pas effectuer d’activités extérieures normales à un bulbe humide de 32°C, soit un indice de chaleur de 132°F, qui équivaut peu ou prou à 55°C. La limite théorie est un indice de chaleur de 160°F. L'étude a révélé que les bulbes humides approchant ou dépassant 30°F ont doublé depuis 1979. Alors qu’auparavant, les chercheurs estimaient que des relevés de 31°C ne se produisent que rarement, ils en ont relevé environ 1 000 pendant les trente dernières années. Plus marquant, ils ont comptabilisé environ 80 relevés à 33°C alors que l’on pensait cela quasiment inexistant.

Nous sommes peut-être plus près d'un véritable point de basculement que nous ne le pensons”, avance Radley Horton, co-auteur de l’article. Outre une augmentation du nombre de décès, ces évènements climatiques qui forcent les gens à rester à l’intérieur, auront de nombreuses conséquences sur l'agriculture, le commerce et d'autres activités qui pourraient potentiellement s’arrêter. Dans les pays les plus pauvres, beaucoup dépendent de l'agriculture de subsistance, nécessitant une lourde main-d'œuvre extérieure quotidienne, qui pourrait rendre certaines des zones les plus touchées inhabitables.