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Coupés du monde

Covid-19 : comment vivent-ils le confinement ?

Par Anaïs Col

Un milliard de personnes sont actuellement confinées dans le monde pour ralentir la propagation du Covid-19, une situation inédite. Certaines personnes ont accepté de nous raconter leur quotidien.

fizkes/iStock
Plus d'une semaine après le début du confinement, huit témoignages sur la vie au quotidien

Sylvia, 43 ans, employée dans un supermarché

Je travaille pour une grande chaîne de supermarchés. C'est plus calme depuis l'annonce d'Emmanuel Macron, mais avant son allocution j'ai fait des heures supplémentaires. Même si j'essaie de respecter mes horaires de travail, cela dépend de la charge de travail vu les circonstances. Il y a de l'appréhension, car on voit toujours beaucoup de monde malgré les restrictions de déplacement. Même si je porte un masque et des gants, j'ai toujours peur d'attraper le coronavirus. En plus j'ai deux enfants : mon fils de 15 ans est au lycée et reçoit ses cours par mail, il est autonome, mais je l'aide parfois. Ce n'est pas évident. Je trouve que les mesures de confinement ne sont pas assez strictes, il y a un gros risque pour nous. Pas mal de personnes sont inconscientes : certaines viennent seulement acheter un ou deux produits, et non de première nécessité. Moi, dès que je termine mon travail, je fais des courses sur place au besoin et je rentre directement. Des Plexiglas ont été posés devant les caisses pour limiter les contacts avec les clients. Un vigile filtre les entrées depuis la semaine dernière : il empêche les groupes de rentrer, c'est une personne par cadis. Certains moments, il y a la queue sur le parking, mais les gens sont patients. On a adapté les horaires d'ouverture et de fermeture du magasin, globalement il y a peu de clients au même moment dans les rayons et on désinfecte bien les caisses et les poignées de porte.

Billel, 32 ans, entrepreneur confiné avec 2 enfants

Je suis chef d'une entreprise de transports. Nous avons stoppé toute activité depuis 10 jours. Ma comptable fait les démarches nécessaires pour bénéficier de ce que le président a annoncé pour les entrepreneurs, mais ce n'est pas évident. Pour le moment l'argent ne rentre plus, nous devons vivre sur nos économies. Je m'inquiète pour l'avenir. Si nous étions confinés pendant 45 jours, nous serions incapables de payer les factures. La situation est préoccupante. Pour les courses, je m'organise, je fais des listes et je demande à mes voisins s'ils ont besoin de quelque chose. Je mets des gants et un masque, j'essaie de faire vite une fois sur place, en évitant tout contact. Je suis séparé et j'ai trois enfants. Le temps du confinement, nous alternons les gardes. L'école s'est bien organisée, les devoirs nous prennent 15/20 minutes par jour par enfant. Le reste du temps je cherche à les occuper, on fait des jeux, des dessins, on cuisine, on danse. Cette semaine j'ai trouvé des alternatives, mais je ne sais pas comment la deuxième semaine se passera. Ils aimeraient déjà retourner à l'école. Heureusement, j'ai une cour extérieure devant la maison, ce qui nous permet de prendre l'air et de faire des activités physiques. Les enfants ont besoin de se dépenser. 

Lisa, 56 ans, journaliste, confinée seule

Je suis seule chez moi, je télétravaille et ne vois personne. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, je le vis bien. Mieux que si j'avais été 24h/24 avec quelqu'un. Je vais courir tous les jours autour de chez moi avec une attestation, je fais du sport à la maison grâce à des cours en live sur Facebook, je fais du yoga et comme beaucoup, je cuisine. Bien sûr, c'est difficile de ne pas voir ma famille et mes amis, je me sens un peu coupée du monde, mais nous avons tous cette sensation. Etrangement, nous sommes plus proches les uns des autres alors que nous ne nous voyons pas. Nous prenons des nouvelles chaque jour, nous nous soucions les uns des autres. Ce confinement nous invite à revenir à l'essentiel : à ne pas gâcher la nourriture que nous avons à la maison, à faire attention aux gens que nous aimons, à nous éloigner du stress lié au travail et/ou aux transports en commun. Et comme l'a dit Emmanuel Macron : “Nous sommes en guerre”, alors prenons la mesure du problème et restons chez nous. Il n'y a que ça à faire. Je suis en revanche très inquiète pour mes parents qui ont une santé fragile. Je les appelle en FaceTime plusieurs fois par jour. 

Ludovic, 30 ans, conducteur de travaux confiné en couple

Je suis conducteur de travaux et au chômage partiel depuis jeudi. Je suis allé faire les courses dès l'annonce du confinement et je ne sors plus. Je suis confiné chez ma copine, on s'entend bien, on regarde des séries, on fait du sport, du yoga, on cuisine… bref, on s'occupe, comme tout le monde. On fait des apéros en FaceTime avec nos amis. Il n'y a pas de tensions pour l'instant entre nous. Le plus dur c'est vraiment de ne pas sortir, mais je pense que le confinement est essentiel pour stopper l'épidémie. Encore faut-il que les mesures soient respectées de tous. Bien sûr, si le confinement durait 3 mois, je tiendrais peut-être un autre discours. C'est tout de même difficile de ne plus voir ses proches. Mes parents et ma sœur sont confinés chez eux. Je les appelle tous les jours, je prends également des nouvelles de mes amis, heureusement aucun n'est infecté pour le moment. Ces circonstances exceptionnelles nous poussent à nous soucier d'avantage des autres, à nous préoccuper de leur bien-être. 

Nadia, 65 ans, retraitée confinée avec son mari

C'est aussi psychologique : on veut sortir car on nous l'interdit, quand on pourra enfin le faire, on voudra rester chez nous (rire). Pour moi, c'est l'interdiction de sortir qui est difficile à accepter, même si c'est nécessaire pour notre santé bien sûr. J'ai peur de manquer : de nourriture, de produits d'hygiène, de cigarettes. Je crois que le “nous sommes en guerre” d'Emmanuel Macron nous a fait paniquer. Nous restons donc à la maison avec mon mari, ma fille nous appelle entre 4 et 7 fois par jour. Nous sortons tous les jours bricoler dans le jardin, je fais parfois un peu de vélo d'appartement pour bouger. Ce que nous avons remarqué, c'est la gentillesse des voisins qui nous ont amené deux masques et ont proposé de faire nos courses. Mon mari a eu une bronchite, nous avons donc opté pour la téléconsultation avec notre médecin traitant, afin de ne pas nous exposer et de ne pas la monopoliser. Les journées sont longues, ça nous manque de ne pas sortir nous promener. Tous nos rendez-vous non urgents ont été annulés, nous vivons au ralenti, mais c'est normal, nous devons nous plier aux règles pour limiter la propagation du virus. C'est une responsabilité collective. 

Mounira, 31 ans, télétravaille et s'occupe de ses enfants

Je télétravaille et garde mes deux enfants, mon mari tient un restaurant et continue les livraisons. Etre confinée dans 60 m2 sans espace extérieur avec des enfants de 6 et 2 ans est très compliqué. Je partage mon temps entre mon travail et les devoirs de mon aîné, mais c'est difficile de rester professionnelle quand j'appelle les parents de mes élèves avec mon plus jeune qui demande beaucoup d'attention. La semaine dernière, j'ai appelé 60 parents, mon petit pleurait à certains moments. Ça m'oblige à les mettre au lit à 20h et à finir mon travail après, parfois jusqu'à minuit. C'est l'inconvénient du télétravail, nous n'avons plus d'horaires, je reçois des mails et des messages le soir et le week-end. Ce qui est dur pour moi, c'est d'être seule à tout gérer. Parfois le papa rentre entre les services du midi et du soir, mais soit il va faire les courses pour le restaurant, soit je profite de sa présence pour aller faire un plein de courses pour la maison. De fait, nous nous voyons peu, c'est sans doute un avantage pour notre couple. Si nous avions été confinés ensemble, l'ambiance aurait été tendue et le temps bien long. Je trouve que le confinement est une mesure essentielle pour notre santé, même si je m'indigne de voir autant de jeunes dehors dans mon quartier. Je les vois marcher en bande, jouer au foot, je pense que l'Etat devrait durcir les mesures de confinement pour que l'on s'en sorte et que cette situation dure le moins longtemps possible. 

Jean-Paul, 37 ans, confiné seul

Oh c'est long, très très long. Je suis surveillant dans un collège donc même si je travaille de chez moi pour envoyer les cours aux élèves, je trouve le temps long. Au début, j'en ai profité pour faire le ménage à fond. Je suis magicien, je révise aussi des tours, j'étudie un nouveau spectacle, mais c'est long. Je suis séparé, j'ai un enfant qui vit près de Crépy-en-Valois, dans l'Oise. Comme il y a eu des cas de coronavirus parmi mes collègues, on s'est dit avec sa mère qu'il valait mieux garder la distance. Pourtant, je m'inquiète pour lui, d'autant plus que le premier mort dans l'Oise était le prof de techno de son demi-frère. J'ai essayé de me mettre aux jeux vidéo pour jouer en ligne avec lui et garder le contact, je l'aide pour ses devoirs parfois. Je fais des séances de sport en visio avec mes neveux. On essaie de s'occuper comme on peut (rire). J'ai tout de même été surpris d'avoir des nouvelles de certaines personnes que je n'avais pas vues depuis plusieurs années. C'est un des points positifs de cette situation : ça remet en question beaucoup de choses, ça peut être une grande période de réconciliation pour beaucoup. Le fait de rester enfermé fait aussi que j'entends davantage mon voisinage. J'entends leurs discussions, leur musique, je sens leur présence, je les entends crier à 20h pour les personnels soignants. Ce qui m'énerve cependant, c'est de voir qu'il y a autant de monde dehors. 

Renaud, 71 ans, retraité et confiné seul

Je sors marcher dans le parc de ma résidence tous les jours. Je ne peux pas rester enfermé, même si j'approuve les mesures de confinement. Ma fille s'inquiète beaucoup pour moi, elle me dépose des courses et mes médicaments en bas de l'immeuble. Je suis diabétique depuis plusieurs années, je suis donc ce qu'ils appellent “une personne à risque”. Je sais que si je tombe malade, je ne serai pas prioritaire pour les médecins. Alors je fais attention. Mais les journées sont longues, je vis seule, ma femme est décédée. J'ai collectionné les timbres toute ma vie, alors ça m'occupe. J'en ai plein à trier et à classer. J'ai de la chance, mes enfants et mes petits enfants m'appellent plus. Ils me demandent comment je vais, insistent pour que je ne sorte pas… Comme si j'étais fou ! (rire) Comme le téléphone est tout ce que nous avons pour nous parler, je suis amené à discuter plus souvent avec mes petits enfants, j'apprends à mieux les connaître. C'est paradoxal. Vous savez, je ne sortais plus énormément, donc ce qui me pèse le plus, c'est de ne pas pouvoir recevoir mes enfants. Mais nous devons patienter, car nous suivons la même évolution que l'Italie, c'est du sérieux. Le plus important est de se protéger.