ACCUEIL > QUESTION D'ACTU > Dépression : le bais négatif des malades ne serait pas permanent

Bonne nouvelle

Dépression : le bais négatif des malades ne serait pas permanent

Par Raphaëlle de Tappie

Le bais négatif avec lequel les personnes souffrant de dépression traitent les informations disparaîtrait avec les symptômes de la maladie. 

bunditinay/iStock

Plus de 300 millions de personnes souffriraient de dépression dans le monde, soit une augmentation de plus de 18 % de 2005 à 2015. De nombreux experts travaillent donc à essayer de guérir ce mal du siècle et les études se multiplient sur le sujet. Alors que plusieurs travaux ont montré que les personnes en dépression se souviendraient mieux des mots négatifs et identifieraient davantage les expressions faciales tristes que les autres, des chercheurs finlandais ont essayé de comprendre si ce biais négatif dans le traitement de l'information émotionnelle se produisait automatiquement et si les résultats changeaient avec le temps. D’après les résultats de leur étude parus dans la revue Biological Psychology, ce bais négatif disparaîtrait avec les symptômes dépressifs.

"Il est important d'étudier la phase de traitement (de l’information, NDLR) automatique parce que le cerveau code constamment des stimuli qui sont en dehors de l'attention consciente", explique Elisa Ruohonen, doctorante à l'Université de Jyväskylä, Finlande en préambule de l’article.

Pour leur étude, les chercheurs ont recruté un nombre égal de personnes souffrant de dépression ou non. Ils leur ont montré diverses images d’expression faciale sur un écran tout en leur demandant de prêter attention au livre audio qui passait dans la salle. Pour s’assurer qu’ils écoutaient bien l’histoire tout en regardant l’écran, ils leur ont posé des questions sur le récit. Dans le même temps, ils ont enregistré les réponses électriques de leur cerveau.

Des réponses cérébrales plus significatives aux expressions tristes

Sans surprise, les scientifiques ont ainsi pu constater que les personnes souffrant de dépression avaient une réponse cérébrale plus significative aux expressions tristes qu'aux expressions neutres. "Les résultats indiquent que le biais lié à la dépression dans le traitement des expressions faciales tristes est déjà présent dans la phase précoce et automatique du traitement de l'information", explique Ruohonen.

Après le test initial, les scientifiques ont suivi le groupe "dépressif" deux mois et 39 mois plus tard, mesurant les réponses cérébrales à chaque fois. Deux mois après la première expérience, environ la moitié des participants souffrant de dépression avaient un suivi un court cours de thérapie cognitivo-comportementale (TCC). Au bout de 39 mois, tous avaient reçu ce traitement.

La TCC est une thérapie brève, validée scientifiquement qui porte sur les interactions entre pensées, émotions et comportements. Elle se concentre sur les problèmes actuels du patient tout en prenant compte de son passé et l’aide à identifier les mécanismes à l’origine de ses difficultés afin d’expérimenter de nouveaux comportements. Le but étant de pousser la personne à sortir progressivement des cercles vicieux dans lequel elle était enfermée.  

Le bais négatif est-il une cause ou un symptômes de dépression ?

En suivant les participants sur le long terme, les chercheurs ont pu constater que le biais négatif n’était pas permanent et qu’il pouvait diminuer quand les symptômes dépressifs s’atténuaient.  

"Les études de suivi à long terme donnent des indications importantes, car de nombreuses études sur les effets du traitement ne portent que sur les résultats à court terme", explique Ruohonen. Toutefois, bien qu’il s’agisse ici d’une étude à long terme, les chercheurs ignorent encore si le bais étudié est "est une cause ou un symptôme de dépression" 

"L'un des objectifs de l'étude pourrait être de déterminer si les participants déprimés qui ont un biais négatif plus marqué bénéficient d'un traitement qui cible spécifiquement ce biais", poursuit la chercheuse.  "Nous cherchons à trouver des marqueurs de la réponse cérébrale qui pourraient être utilisés pour prédire la réponse au traitement (…) Il est important de tenir compte de l'hétérogénéité de la dépression et des facteurs individuels qui pourraient affecter la réponse au traitement", conclut-elle.  

Neuf symptômes qui ne trompent pas  

En France, entre 2010 et 2017, l'incidence de la dépression aurait grimpé de deux points, affectant particulièrement les femmes, les moins de 45 ans et les plus précaires, selon un rapport paru il y a un an. 

Pour savoir si l’un de vos proches ou vous-même souffrez de ce mal, il existe neuf symptômes cliniques auxquels se référer : un sentiment de tristesse continu, une perte d’intérêt et de plaisir, une immense fatigue, des troubles de l’appétit et une variation de poids, des idées noires ou suicidaires, des difficultés de concentration et de mémorisation, un sentiment de dévalorisation et de culpabilité excessif ou inapproprié, des troubles physiques (maux de vente, perte de désir sexuel…) et un ralentissement psychomoteur.

Pour les patients qui présentent entre cinq et sept de ces symptômes, la dépression est considérée comme légère à modérée. Au-delà de huit, elle est dite sévère. Dans tous les cas, si vous constatez au moins deux de ces signes, n’attendez pas pour consulter un médecin : ce dernier pourra diagnostiquer et évaluer votre trouble dépressif et y apporter le traitement approprié.