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Espérance de vie : les hommes australiens et les femmes suisses nouveaux champions de la longévité

Par Raphaëlle de Tappie

D'après une nouvelle méthode de calcul de l'espérance de vie, les hommes australiens et les femmes suisses arriveraient en tête à échelle mondiale. 

Highwaystarz-Photography/iStock

En France métropolitaine, en 2018 selon l’Insee, l’espérance de vie atteignait 79,5 ans pour les hommes et 85,4 ans pour les femmes. Toutefois, selon une nouvelle étude, la méthode utilisée pour aboutir à ces résultats n’est pas significative. Les chercheurs ont donc mis au point une nouvelle technique, prenant en compte la mortalité à chaque génération, pour calculer l’espérance de vie dans 15 pays. D’après leurs résultats, qui aboutissent à une moyenne a beaucoup plus basse, les hommes australiens et les femmes suisses seraient les champions de la longévité. Cette étude est parue le 17 août dans la revue Population Studies.

"Aujourd'hui, l'espérance de vie d'une personne est basée sur la moyenne des espérances de vie à chaque âge pour une année donnée, un peu comme si cette personne restait "figée" sur cette seule année. Mais cela ne nous dit rien sur son passé ni sur son expérience de vie", explique Michel Guillot, directeur de recherche à l'Ined et co-auteur de l'article en préambule. "La plupart des mesures de l'espérance de vie sont fondées uniquement sur les taux de mortalité à un moment donné", renchérit le Dr Collin Payne, de l’Australian National University (ANU) School of demography, qui a également rédigé l’article. "Il s'agit essentiellement de dire que si l'on prenait un groupe hypothétique de personnes et qu'on les soumettait aux taux de mortalité qu'un pays connaissait en 2018, par exemple, elles vivraient jusqu'à un âge moyen de 80 ans".

C’est pourquoi, ils ont décidé d’établir un nouvel indicateur du nom d’"espérance de vie de cohorte décalée". "Notre chiffre ne s'appuie pas sur un modèle théorique mais sur l'espérance de vie effective d'une génération, bien plus proche de la réalité", explique Guillaut. Les scientifiques ont donc regroupé les gens par année de naissance afin de distinguer les décès "précoces" des "tardifs". Ils ont ainsi pu déterminer si une personne pouvait être considérée comme survivant au-dessus de la moyenne ou non.  

77 ans pour les femmes et 68,8 ans pour les hommes en France

Résultats des courses : en France, en 2014, l’espérance de vie plafonne à 77 ans pour les femmes et à 68,8 ans pour les hommes, contre 85,4 ans et 79,3 ans avec la méthode classique de l’Insee cette année-là. D’après les chercheurs, ces mauvais chiffres, s’expliquent pour la gente masculine en grande partie par la forte mortalité au cours de la Seconde Guerre mondiale et l’alcoolisme.

Avec cette nouvelle technique, les Japonais perdent quant à eux 13,8 ans pour les femmes et 12 ans pour les hommes. Ici, les chercheurs rappellent que si l’espérance de vie a fait un bond spectaculaire au pays du Soleil Levant dans les années 1980, avant elle était très faible. "On va par exemple observer une bonne espérance de vie chez les hommes japonais de 80 ans, mais c'est parce que ces derniers sont ceux qui ont survécu aux difficultés sanitaires des années 1930 donc ce sont les plus "solides", mais cela ne prend pas en compte tous ceux de cette génération qui sont morts avant", commente par ailleurs Michel Guillot.

Quant au grand gagnant de cette étude, il s’agit de l’Australie. Ce pays arrive en tête de peloton pour les hommes (74,1 ans) et en deuxième place après la Suisse pour les femmes (79 ans contre 78,9 ans). Sans surprise, les habitants des pays nordiques (Suède et Norvège), régulièrement montrés en exemple pour leur bonne hygiène de vie, sont ensuite ceux qui vivent le plus longtemps (78,6 ans pour les femmes et 73,1 ans pour les hommes en Norvège et 78,4 ans pour les femmes et 74 ans pour les hommes en Suède).

Aux Etats-Unis, l’espérance de vie stagne

"L'Australie et les pays nordiques possèdent une population assez homogène et bénéficient depuis longtemps d'une qualité de vie plutôt bonne", commente Michel Guillot. A titre de comparaison, "la mortalité était très élevée au Japon dans les années 30, 40 et 50. En Australie, la mortalité était très faible à cette époque", rappelle quant à lui le Dr Payne.

Basés sur les données historiques, les chiffres de la nouvelle étude en disent peu sur l'avenir. On ignore par exemple si l’effet de rattrapage observé au Japon et en France se prolongera. "Aux États-Unis par exemple, qui ont longtemps été bien classés, on voit que l'espérance de vie a tendance à stagner voire à reculer", note Michel Guillot. Ainsi, la moyenne d’espérance de vie des Américains diminuera peut-être lors des classements futurs.

Pour une meilleure compréhension de ces tendances, les chercheurs espèrent à terme collecter assez de données pour analyser comment les classements ont évolué pays par pays au cours des trente ou quarante dernières années.