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Antidouleur

Tramadol : un risque grave d’hypoglycémie

Par Charlotte Arce

Prescrit comme antidouleur, cet antalgique opioïde augmenterait de manière significative le risque d’hypoglycémie, révèle une nouvelle étude.

fizkes/iStock

Avec 12 millions de boîtes écoulées chaque année, le Tramadol est l’antidouleur le plus vendu en France. Pourtant, la prise de cet antalgique dérivé de l’opium, prescrit pour soulager les douleurs modérées à intenses, doit faire l’objet de précautions. En cause : la survenue de certains effets secondaires indésirables. Si certains, comme les nausées, les vertiges ou les tremblements, et dans de plus rares cas des hallucinations ou une confusion mentale, étaient déjà connus et documentés, il semblerait que l’antidouleur augmente aussi de manière significative le risque d’hypoglycémie.

C’est ce que met en lumière une nouvelle étude menée par des chercheurs de la Skaggs School of Pharmacy and Pharmaceutical Sciences de l'Université de Californie à San Diego. Publiés le 28 août dans Scientific Reports, ces nouveaux travaux montrent que les patients prenant du Tramadol présentent un risque accru d’hypoglycémie ou un taux glycémique anormalement faible.

Un risque pour les personnes diabétiques

Pour mesurer les effets indésirables connus associés au Tramadol, les chercheurs ont analysé de 2004 à 2019 plus de 12 millions de rapports provenant des bases de données FAERS (Adverse Effect Reporting System) et AERS (Adverse Event Reporting System) de la Food and Drug Administration (FDA), qui font la chronique des rapports volontaires sur les effets indésirables pendant la prise du médicament.

"Nous voulions avoir un regard objectif sur ses effets indésirables et nous sommes tombés sur une hypoglycémie dangereuse, non répertoriée et inattendu", explique ainsi Tigran Makunts, PharmD, chercheur du laboratoire d'Abagyan et auteur principal de l’étude.

Les chercheurs ont pu constater que le risque d’hypoglycémie était souvent lié au traitement du diabète, mais pouvait aussi toucher les personnes non diabétiques. Si elle reste non traitée, l’hypoglycémie peut elle-même entraîner de graves complications, comme un dysfonctionnement neurocognitif, une perte de vision, un risque accru de chutes et une perte de qualité de vie.

Un risque 10 fois supérieur aux autres opioïdes

En comparant le Tramadol à d’autres opioïdes et antidouleurs, les chercheurs ont remarqué qu’il était le seul à produire un risque important d’hypoglycémie : un risque jusqu’à 10 fois plus élevé que presque tous les opioïdes analysés. Le seul autre antidouleur identifié comme ayant un effet comparable au Tramadol étant la méthadone, un opioïde couramment utilisé pour aider les personnes à réduire ou à cesser leur dépendance à l'héroïne ou à d'autres opiacés.

Les auteurs de l’étude soulignent cependant que l'existence d'une association entre le Tramadol et l'hypoglycémie est le résultat d’une étude de corrélation. Ils rappellent donc qu’un vaste essai clinique contrôlé et randomisé serait nécessaire pour établir définitivement la causalité.

"Le message à retenir est d'avertir les médecins de la probabilité d'une hypoglycémie (et/ou d'un taux d'insuline élevé), en particulier si le patient est prédisposé au diabète, et de motiver la recherche sur le mécanisme moléculaire unique qui conduit à cet effet secondaire", conclut le laboratoire Abagyan, qui a mené les recherches." C'est particulièrement important pour le Tramadol ou la méthadone qui sont largement et souvent utilisés de façon chronique."