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Etude Vespa2

Les malades du sida font face à des pathologies chroniques

Par Mathias Germain

Les personnes atteintes du VIH et traitées en France résistent mieux au virus. Mais elles doivent faire face à d'autres maladies et à une situation financière qui se dégrade.

PERRIERE/SIPA
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Face au virus du sida, l’état des malades suivis à l’hôpital en France s’améliore. Les premiers résultats de l’étude ANRS Vespa2, une étude transversale sur un échantillon représentatif de personnes vivant avec le VIH en France réalisée par l’ANRS et l’Inserm, indique que les stratégies thérapeutiques sont globalement efficaces. « L’immense majorité, plus de 90 % des personnes, est traitée par multithérapies antirétrovirales, explique le Dr Rosemary Dray-Spira, épidmiologiste à l’Inserm qui s’est spécifiquement intéressée aux données de santé de cette population. Ces traitements sont efficaces puisque 88,5% d’entre elles ont une charge virale contrôlée et 56,7% ont une concentration de lymphocytes T CD4 dans le sang supérieur à 500 CD4/mm3, ce qui confère une immunité satisfaisante face au virus ». Des chiffres plus élevés qu’en 2003, où par exemple, seulement 42 % des patients sous traitement avaient un taux de CD4 supérieur à 500/mm3.

Ecouter le Dr Rosemary Dray-Spira, épidémiologiste à l’Inserm. « A peu près 6 patients sur 10 ont été diagnostiqués à l’heure des nouveaux traitements. »


Autre point positif, l’âge médian des malades suivis et traités est en net progression par rapport à 2003. Il passe de 41 ans à 48 ans. « Nous constatons que le nombre de personnes de plus de 50 et 60 ans est en progression, explique le Dr Rosemary Dray-Spira. Cette étude confirme que le VIH est devenue une maladie « chronique » au long cours et qu’on peut vivre avec la maladie. En outre, les co-infections au virus de l’hépatite C sont à la baisse : on passe de 22% à 16% de 2003 à 2011. Cela s’explique grâce aux actions de prévention pour limiter les contaminations par usage de drogues injectables.


Mais, si les nouvelles sont positives face au virus du sida, les personnes traitées présentent d’autres maladies : hypertension, maladies cardiovasculaires, diabète, épisodes dépressifs… Ainsi, les chercheurs notent que les prescriptions d’antihypertenseurs et d’hypolipémiants sont fréquentes (17% environ). Et 13% des patients rapportent un épisode dépressif et 1,5 % des patients déclarent avoir fait une tentative de suicide dans l’année. 

Ecouter le Dr Rosemary Dray-Spira.« Elles sont atteintes de comorbidités en partie parce qu’elles vieillissent comme la population mais aussi on suspecte un rôle du VIH dans l’apparition de ces comorbidités. »


Autre zone d’ombre dans cette photographie des personnes vivant avec le VIH,  leur situation financière. Ainsi, la situation socio-économique globale des personnes infectées reste inférieure à celle de la population générale et diffère considérablement selon les catégories de population : 18% des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes perçoivent leur situation financière comme difficile contre 49% des hommes immigrés d’Afrique subsaharienne.
L’enquête Vespa 2 montre que le visage des malades a aussi changé. Parmi les personnes nouvellement diagnostiquées depuis 2003, la proportion de personnes d’origine d’Afrique subsaharienne a doublé. Alors que dans le même temps celle des homosexuels masculins est restée stable et celle des usagers de drogues a fortement diminué.


Pour le Pr Patrick Yéni, le président du Conseil national du Sida Au total, la lecture des premiers résultats de Vespa2 donne des pistes d’actions qu’il convient d’amplifier dans la lutte contre le VIH-sida, « au-delà de la consolidation de la prise en charge médicale VIH des personnes infectées, il faut amplifier la prise en charge des comorbidités, améliorer le dépistage précoce et renforcer le discours préventif, et optimiser le soutien social aux populations les plus démunies. »