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Akkermansia muciniphila

Une bactérie intestinale pourrait limiter les problèmes cardiovasculaires

Par Charlotte Arce

Une équipe de chercheurs a mis en évidence le rôle que pourrait jouer la bactérie Akkermansia, naturellement présente dans l’intestin, dans la diminution de plusieurs facteurs de risque de maladies cardiovasculaires. 

metamorworks/iStock

Une "découverte majeure". C’est ainsi que l’équipe de recherche de l’Université catholique de Louvain, en Belgique, a qualifié les résultats de sa dernière étude clinique portant sur une bactérie intestinale. Appelée Akkermansia muciniphila, cette bactérie faisant partie du microbiote du tube digestif humain est porteuse d’espoir dans la prévention de certaines pathologies, à commencer par les maladies cardiovasculaires.

Dans une étude dévoilée lundi 1er juillet dans Nature Medicine, l’équipe de chercheurs dirigée par Patrice Cani, chercheur au Louvain Drug Research Institute de l’UCLouvain et maître de recherche FNRS, a mis en évidence le rôle de la bactérie Akkermansia muciniphila dans la réduction de plusieurs facteurs de risques de maladies cardiovasculaires, mais aussi dans la limitation de la progression du pré-diabète de type 2 et la réduction du taux de cholestérol chez l’humain.

Un premier essai clinique sur l’humain

Les recherches sur la bactérie Akkermansia muciniphila ont débuté en 2007, quand les chercheurs ont découvert qu’elle était capable d’atténuer le développement de l’obésité et du diabète de type 2 chez la souris.

Dix ans plus tard, la même équipe a démontré, toujours chez la souris, que l’utilisation d’une forme pasteurisée de la bactérie offrait une protection encore plus efficace que la bactérie vivante contre divers facteurs de risque de maladies cardiovasculaires tels que l'insulinorésistance, l'hypercholestérolémie ou le stockage de graisse dans le tissu adipeux.

Suite à ces découvertes, l’équipe de l’UCLouvain a développé une première étude clinique sur l’humain. Pendant trois mois, ils ont testé la bactérie sur des volontaires en surpoids ou obèses présentant une résistance à l’insuline (pré-diabète de type 2) et un syndrome métabolique. Ces derniers ont soit reçu un placebo, soit la bactérie vivante, soit la bactérie pasteurisée sous forme de complément alimentaire. Il leur a été demandé de ne pas modifier leurs habitudes alimentaires ou leur activité physique.

Un complément alimentaire dès 2021

Cette étude confirme clairement les résultats observés chez la souris : l’ingestion de la bactérie pasteurisée a empêché la détérioration de l'état de santé des participants, notamment le pré-diabète et l’augmentation des risques cardiovasculaires. Mieux encore, les chercheurs ont observé une diminution des marqueurs d'inflammation dans le foie, une légère diminution du poids corporel des sujets (2,3 kg en moyenne) ainsi qu'une baisse du taux de cholestérol. En revanche, les paramètres métaboliques (insulinorésistance ou hypercholestérolémie) chez les sujets placebo ont continué de se détériorer avec le temps.

Pour les chercheurs, cette étude pilote est importante car elle "démontre la faisabilité de l'administration de la bactérie Akkermansia pasteurisée à l'humain sous forme de complément alimentaire et fait état de résultats encourageants sur l'efficacité des compléments alimentaires à base d'Akkermansia pour réduire les facteurs de risque cardio-métabolique", précise le communiqué de presse.

Désormais, les chercheurs souhaitent mener une étude à grande échelle pour confirmer ces résultats et entériner la commercialisation de la bactérie Akkermansia comme complément alimentaire d’ici 2021.