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Le danger des filtres

Les réseaux sociaux affectent la manière dont les jeunes femmes perçoivent leur corps

Par Charlotte Arce

De Facebook à Instagram, en passant par Snapchat, nous passons de plus en plus de temps connectés aux réseaux sociaux, à scruter les photos des autres, à envier leur style de vie et leur apparence physique. Une addiction loin d’être inoffensive.

AntonioGuillem/iStock
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Des corps aux courbes parfaites, la peau lisse, des yeux immenses, une chevelure de rêve. Qui, en consultant Instagram, Snapchat ou Facebook, n’est pas tombé sur ces photos idylliques d’influenceuses, posant dans des lieux paradisiaques ou dans leur intérieur design et immaculé ?

Si ces images améliorées à coup de filtres prêtent à nous "inspirer", elles peuvent aussi s’avérer néfastes à l’image que nous renvoie notre propre quotidien, bien loin d’être aussi parfait que celui affiché par ces stars des réseaux sociaux. Pire, elles peuvent être à l’origine de troubles mentaux et d’une piètre estime de soi.

C’est ce que met en lumière une nouvelle étude menée par l’Université York, à Toronto, Canada, et publiée dans la revue Body Image. Selon ses auteurs, ces photographies léchées ont un effet négatif sur la confiance en soi et la perception corporelle des jeunes femmes qui les consultent assidûment, les commentent et les "likent". 

Plus l’engagement social est fort, plus la perception de soi est négative

Pour parvenir à cette conclusion, Jennifer Mills, professeure agrégée au département de psychologie et Jacqueline Hogue, doctorante dans le programme clinique du département, ont recruté 118 étudiantes de premier cycle âgées de 18 à 27 ans, et qui aimaient ou commentaient les photos de personnes qu’elles jugeaient plus attrayantes qu’elles-mêmes. Chaque participante a reçu un questionnaire où elle devait indiquer, à l'aide d'une échelle spécifique, son degré de satisfaction ou d'insatisfaction quant à son apparence physique ou son image corporelle.

Les étudiantes ont ensuite été divisées en deux groupes. Dans le premier groupe, elles ont été invitées à se connecter à Facebook et à Instagram pendant au moins cinq minutes et à trouver une jeune femme du même âge qu’elles qui, à leur avis, était plus attrayante. Après avoir regardé les photos, il leur a été demandé de laisser un commentaire.

Dans le groupe témoin, les participantes ont été invitées à effectuer la même tâche, mais cette fois, elles devaient commenter le post d’une membre de leur famille qu’elles ne jugeaient pas plus attrayant. Les données ont montré que les opinions des participantes sur leur propre apparence n'étaient pas affectées lors des interactions avec les membres de leur famille.

Une utilisation des réseaux sociaux basée sur l’apparence physique

"Je pense que dans de nombreux cas, les jeunes femmes qui postent sur les réseaux sociaux espèrent obtenir un renforcement positif pour ce qu'elles postent et que la manière dont elles utilisent les médias sociaux est davantage basée sur l'apparence que sur les hommes."

Selon Jennifer Mills, l’apparence est déterminante pour les jeunes de 18-20 ans, et en particulier pour les jeunes femmes, qui se soucient énormément de la façon dont elles sont perçues par les autres. Or, ce sont ces jeunes femmes qui sont les plus susceptibles d’utiliser les réseaux sociaux et de se comparer aux autres membres.

Ce comportement n’est jamais bénéfique, estiment les chercheuses, en particulier pour l’image de soi et la confiance en soi. "Lorsque nous nous comparons à d'autres personnes, cela peut avoir une incidence sur l’évaluation que nous faisons de nous-même", estime Jennifer Mills. "Nous devons vraiment éduquer les jeunes sur la façon dont l'utilisation des réseaux sociaux pourrait leur donner un sentiment d'identité et comment cela pourrait même être lié à des régimes rigoureux, à des troubles alimentaires ou à un excès d'exercice. Il y a des gens qui peuvent tomber dans ces pièges à cause des réseaux sociaux et sont donc particulièrement vulnérables."