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Association des usagers de drogues

70% des pharmacies parisiennes refusent refusent de servir les ex-toxicomanes

Par Jean-Guillaume Bayard

C’est une pratique illégale. Pourtant, 70% des pharmacies parisiennes refusent de délivrer des substituts,  prescrits par les médecins, pour soigner les toxicomanes. Une pratique fortement critiquée par l’Ordre des pharmaciens.

GemaIbarra/iStock

Un nouveau traitement, mis au point par des chercheurs américains, pourrait aider à inverser les déséquilibres chimiques causés au cerveau par l'usage habituel de drogues. En attendant que ce médicament confirme ses bienfaits, les toxicomanes qui souhaitent soigner leur addiction se voient prescrire des substituts par les médecins.

70% de 115 pharmacies parisiennes testées sont concernées

Mais selon un testing, réalisé par l’Association des usagers de drogues (Asud) en août à Paris auprès de 115 pharmacies, auquel a eu accès Le Parisien, 70% des pharmacies de la capitale refusent de délivrer ces substituts aux toxicomanes, notamment la méthadone ou le Subutex.

"Si je ne l’avais pas, je serais peut-être mort. Comme presque tous mes copains", témoigne Joël, 53 ans et drogué à l’héroïne. "Le pharmacien me dit toujours : Non, je n’ai pas ce produit. Sans plus d’explication".

Aujourd’hui, grâce au substitut qu’il se procure des kilomètres plus loin dans une pharmacie qui accepte de lui vendre, Joël a pu sortir de son addiction. "C’était toute ma vie, il n’y avait rien d’autre", reconnaît-il. "Des années gâchées, à voler, faire de la prison." Aujourd’hui, il ne prend plus que 10 mg de méthadone par jour, contre 120 mg au début. "Presque rien, une gélule par habitude", confie-t-il.

Des pharmaciens terrifiés

Parmi ces pharmacies hors la loi, trois ont carrément annoncer leur refus de vendre ces substituts sur leur vitrine. "Il y avait un trafic de fausses ordonnances", assure un pharmacien de l’une de ces enseignes, sous couvert d’anonymat. "On était envahis de voyous. On a donc mis ce message, ce qui a permis d’assainir la clientèle. Mais après, on aurait dû l’enlever. C’est vrai que c’était maladroit." Trois plaintes ont été déposées par un centre de soin en addictologie contre ces officines qui affichent sur leurs vitrines leur refus de délivrer du Subutex.

Une pharmacienne, qui va devoir s’expliquer devant le conseil de discipline de l’Ordre, justifie cette pratique par la peur instaurée par ceux qui viennent chercher ces substituts, parfois via de fausses ordonnances. "Je reconnais que j’ai fait une grave erreur, que c’est contraire au code de déontologie. Mais j’avais peur. Quand on refuse de délivrer du Subutex parce qu’on se rend compte qu’on nous présente une fausse ordonnance, combien de fois on s’entend dire : "Je vais vous égorger, vous et vos enfants.""

"On n’a pas à choisir ses clients"

Pour le président de l’Asud, Fabrice Olivet, les pharmaciens "ont gardé en mémoire les grands braquages des années 1980 par des héroïnomanes". Une image qui expliquerait pourquoi ces professionnels refusent de "donner de la drogue aux drogués", ajoute-t-il.

Ces refus entraînent des files d’attente de plus en plus longues dans les pharmacies qui acceptent de délivrer ces substituts. "Tout le monde doit jouer le jeu", insiste Fabrice Olivet. "De toute façon, c’est la loi. Le risque, c’est aussi que les personnes qui en ont besoin achètent ces produits dans la rue à des dealers." Enfin, Martial Fraysse, le président de l’Ordre des pharmaciens d’Ile-de-France, abonde en ce sens et explique "qu’on n’a pas à choisir ses clients".