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Numéro spécial du Lancet

Sida : inquiets, des experts internationaux appellent à intensifier l'effort

Par Yvan Pandelé

Des experts internationaux de la lutte contre le sida alertent sur le risque de résurgence de la maladie en cas de relâchement des efforts, et appellent à développer une prévention mieux intégrée aux autres programmes de santé.

AndreyPopov / iStock
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Attention à l’effet rebond ! C’est en substance le message que vient de délivrer, avec force, une commission pilotée par la Société internationale sur le sida (IAS), dans un numéro spécial de la prestigieuse revue The Lancet publié vendredi 19 juillet. L’ONG internationale, composée de professionnels de santé impliqués dans la lutte contre le sida, brocarde le discours sur la fin possible de l’épidémie et propose des pistes pour une prévention mieux intégrée.

En dix ans, le nombre de morts du sida a décru en flèche, passant de 1,9 million en 2005 à 1 million en 2016. Les progrès en matière de prévention et un meilleur accès aux traitements antirétroviraux ont permis d’enrayer l’épidémie mondiale. Au point qu’en 2015, l’Onusida, l’organisme des Nations unies en charge de la lutte mondiale contre la maladie, fixait l’objectif de voir disparaître la maladie à horizon 2030. Un objectif sévèrement remis en cause par l’AIS, qui craint un relâchement des efforts.

"Une complaisance dangereuse"

"L’épidémie mondiale de VIH n’est pas en voie d’achèvement et le discours dominant sur la fin du sida, en nourrissant une complaisance dangereuse, a possiblement précipité le fléchissement de la détermination à combattre le virus dans le monde", estiment les auteurs. La commission internationale à l’origine de ce travail compte une cinquantaine de membres, dont Linda-Gail Bekker, présidente de l’IAS, mais aussi un ancien directeur exécutif d’Onusida et deux ex-directeurs du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

En dépit de résultats globalement encourageants, certaines populations restent très exposées à la contamination par le VIH. C’est le cas des hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes, des usagers de drogue injectable (Russie, Europe de l’Est, Asie centrale), des jeunes filles en début de vie sexuelle (Afrique subsaharienne), et plus généralement des personnes ayant un accès limité aux systèmes de santé – migrants, déplacés, personnes à très faible statut socio-économique.

Pour une prévention intégrée

Pour continuer à enrayer l'épidémie, les auteurs préconisent de mieux intégrer la prévention du VIH/sida aux autres services de santé. Une expérimentation en Russie montre par exemple qu’associer la prévention du sida à la lutte contre la toxicomanie donne de bons résultats. Autres exemples : intégrer la prévention aux services de planning familial (Nigeria), ou même dépister le sida en même temps que les maladies cardiovasculaires (Afrique du Sud, Kenya).

À rebours d’une organisation en silo, il s’agirait donc d’intégrer la prévention aux autres programmes de santé (contraception, maternité, addictions, maladies infectieuses…), afin de cibler les groupes à risque. "Le défi consiste à atteindre une plus grande intégration sans diluer tout ce qui a fait le succès de la lutte contre le VIH", prévient Peter Sands, directeur exécutif du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme (FMLSTP), dans un éditorial joint.

En 2019, Paris accueillera la conférence du FMLSTP, qui permettra de recueillir les financements publics et privés pour la période 2020-2022. Une opportunité politique de premier plan, estiment Pamela Das et Richard Horton, du Lancet, qui appellent Emmanuel Macron à "mener le débat" en faveur d’une approche intégrée de la lutte contre le sida.