ACCUEIL > QUESTION D'ACTU > Alzheimer : pourquoi les femmes sont-elles plus exposées que les hommes ?

Quatrième cause décès en France

Alzheimer : pourquoi les femmes sont-elles plus exposées que les hommes ?

Par Raphaëlle de Tappie

D'après une nouvelle étude internationale, les facteurs de risque pour la maladie d'Alzheimer sont beaucoup plus nombreux chez les femmes que chez les hommes, allant de la dépression à la chute du taux d'œstrogènes après la ménopause en passant par des complications liées à la grossesse.

giocalde/iStock

Aujourd’hui en France, 900 000 personnes souffrent de la maladie d'Alzheimer, quatrième cause de décès dans le pays, et 60% des malades sont des femmes. Partout dans le monde, la même tendance est observée. Le 9 juillet, pour la première fois, une analyse par sexe des recherches de la dernière décennie sur cette forme de démence, a été publiée. Les travaux, réalisés par l’organisation internationale Women’s Brain Project (WBP) sont parus dans la revue spécialisée Nature.

Plusieurs facteurs de risque ressortent, notent les chercheuses du WBP. Tout d’abord, l’âge. En effet, plus on vieillit, plus on a de risque de développer la maladie d'Alzheimer or les femmes vivent plus longtemps que les hommes, six ans de plus en moyenne en France. "De fait, à 70 ans le nombre de femmes atteintes est deux fois supérieur à celui des hommes, et à partir de 80 ans le ratio monte à deux-tiers environ, en accord avec les chiffres pour l’Australie et les USA. Il s’agit donc d’une observation générale", note André Nieoullon, professeur de neurosciences à l'université d'Aix-Marseille, interviewé par Atlantico.

La dépression est un autre facteur de risque : cette maladie psychologique est liée à Alzheimer or les femmes y sont plus sensibles. En effet, en France, pour deux hommes touchés par un épisode dépressif, il y a entre 3 et 4 femmes.

La chute des taux d’œstrogènes à la ménopause pourrait affaiblir le cerveau

Autre hypothèse avancée : des complications de grossesse pouvant entraîner une démence des années plus tard. Enfin, alors que la maladie d'Alzheimer est détectable dans le cerveau à l’aide des niveaux de deux biomarqueurs, les scientifiques ont remarqué que ces niveaux n’étaient pas les mêmes selon le sexe, le cerveau des femmes ayant tendance à décliner plus vite. Ainsi les "biomarqueurs peuvent avoir différentes valeurs chez l’homme et les femmes. Nous pourrions avoir besoin d’ajuster les biomarqueurs biochimiques et neuropsychologiques en fonction du sexe du patient", analyse Maria Teresa Ferretti, chercheuse en biomédecine à l’Université de Zurich spécialisée dans la maladie d’Alzheimer, membre du WBP.

La progression plus rapide de la maladie chez les femmes s’expliquerait notamment par "la présence des œstrogènes chez les femmes dont l’effet serait 'protecteur' sur l’organisme et en particulier sur le cerveau. Dès lors, la chute des taux d’œstrogènes à la ménopause pourrait se traduire par la perte de ces effets protecteurs sur le cerveau et ainsi celui-ci se trouverait plus vulnérable que celui des hommes à cette maladie neurodégénérative qui affecte la cognition", explique André Nieoullon.

"Certaines données -parfois contestables et contestées- ont fait état d’effets 'bénéfiques' des traitements hormonaux substitutifs suite à la ménopause, y compris en termes de 'prévention' de la maladie d’Alzheimer, voire chez les femmes atteintes en ralentissant son évolution", ajoute-t-il.

Les études sur Alzheimer n’incluent pas assez de femmes dans leur panel

Mais la maladie d'Alzheimer est pour l’heure incurable, et, pour les chercheuses du WBP, les recherches de médication échouent car elles manquent de ressources financières et n’incluent pas assez de femmes dans les expériences. "Comme les femmes sont plus touchées par la maladie, il faut enquêter sur les différences spécifiques entre les hommes et les femmes", s’insurge Antonella Santuccione-Chadha, une physicienne spécialisée sur la maladie et co-fondatrice de WBP.

Pour Maria Teresa Ferretti, il est indispensable de faire de la "prévention plus spécifique par sexe afin de donner plus d'informations sur les facteurs de risque qui concernent les femmes". Mais grâce aux études réalisées ces dernières années, "on peut faire de nouvelles hypothèses et trouver de nouvelles façons d'améliorer le traitement des patients et patientes", se félicite-elle toutefois.

Car tout n’est pas perdu. En effet, au Royaume-Uni, les nouveaux cas d’Alzheimer ont diminué de 20% depuis vingt ans, majoritairement chez les hommes de plus de 65 ans. Pour André Nieoullon, cela pourrait être expliqué par l’impact bénéfique des campagnes de prévention contre le tabac et les problèmes cardiaques, facteurs de risque très importants dans la maladie.

"Ce résultat est tout à fait considérable et amène à conclure que si les chercheurs ne connaissent toujours pas les causes ni les traitements de la maladie d’Alzheimer, qui ne pourrait représenter que 2/3 de l’ensemble des états démentiels et des atteintes cognitives, alors en tout état de cause la situation s’améliorerait néanmoins, non pas par la découverte d’un médicament spécifique toujours attendu mais bien par la prévention et la prise en charge de pathologies associées qui représentent de vrais facteurs de risques pour le fonctionnement du cerveau", conclut-il.