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Soins de santé

Maladie de Lyme : le printemps est la période d'activité maximale des tiques, comment éviter les morsures ?

Par Barbara Azaïs

L'arrivée des beaux est précisément la période d'activité maximale des tiques. On les trouve en masse dans les zones boisées et humides, les herbes hautes des prairies, les jardins, les parcs forestiers ou urbains, ou encore, sur les animaux. Comment s'en protéger ? Que faire en cas de morsure ?

ErikKarits /iStock

Les autorités françaises reconnaissent chaque année autour de 30 000 nouveaux cas de la maladie de Lyme. La prévalence moyenne est estimée à 43 cas pour 100 000 habitants depuis 2009. A titre comparatif, elle était à 16.5 cas pour 100 000 personnes entre 1999 et 2000 et à 9.4 cas pour 100 000 individus de 1988 à 1989, selon Santé Publique France

En 2016, le taux d’incidence annuel estimé a également augmenté significativement par rapport à 2015, passant de 51 cas/100 000 à 84 cas/100 000. Depuis 2009, un système de surveillance a été mis en place et ses caractéristiques sont restées identiques (volontariat des médecins, définition de cas, méthodes de calcul des estimations d’incidence...). De fait, le nombre de nouveaux cas augmente.

Période d'activité maximale des tiques

S'il est important de rappeler ces chiffres, c'est que la maladie de Lyme est une maladie infectieuse, secondaire à la transmission d'une bactérie lors d'une morsure de tique et que nous sommes précisément à la période d’activité maximale de ces parasites. On les trouve en masse dans les zones boisées et humides, les herbes hautes des prairies, les jardins, les parcs forestiers ou urbains, ou encore, sur les animaux (domestiques ou sauvages). "Les contaminations humaines sont plus fréquentes à la période d’activité maximale des tiques, en France entre le début du printemps et la fin de l’automne", alerte le ministère de la Santé.

Les tiques ne sont naturellement pas infectées, elle se contaminent en se nourrissant du sang des animaux sauvages contaminés. Elles ne se déplacent pas loin par elles-mêmes. Cependant, la propagation des tiques par différents vecteurs (rongeurs, oiseaux migrateurs, animaux domestiques) fait qu'il est possible de se faire mordre en dehors des bois et des espaces naturels. Elles peuvent par exemple se coller aux oiseaux migrateurs et tomber loin de leur emplacement d'origine.

Qu'est-ce que la maladie de Lyme ?

La maladie de Lyme peut apparaître dans les 30 jours après la piqûre, d’abord sous forme d’une plaque rouge et ronde qui s’étend en cercle (érythème migrant) à partir de la zone de piqûre. La lésion de la peau peut s'accompagner de douleurs musculaires et articulaires, ou encore de fièvre. Avec un traitement précoce, elle disparaît en quelques semaines à quelques mois. "Les symptômes sont multiples : douleurs articulaires, tremblements et troubles neurologiques - perte de mémoire, état dépressif", expliquait Eric Oden à France 3 Nouvelle-Aquitaine. 

Crédit : anakopa/iStock

En l’absence de traitement, l’évolution vers la phase secondaire n’est pas systématique, mais aggrave le pronostic : l'infection peut devenir chronique et se diffuser de la peau à tout l’organisme. Elle donnera alors des complications graves qui peuvent toucher plusieurs organes (articulations, cerveau, cœur...). "Des mois à des années après l’infection peuvent apparaître des manifestations tertiaires, de type articulaire, cutané, neurologique, musculaire, ou cardiaque", rappelle le ministère de la Santé.

Une pathologie professionnelle ?

Les personnes les plus exposées sont les professionnels travaillant en forêt (forestiers, bûcherons, gardes forestiers…), et ceux qui y vont pour leurs loisirs : les chasseurs, les golfeurs, les pêcheurs, les ramasseurs de champignons, les randonneurs, les campeurs ou encore les promeneurs du dimanche.  

Après plusieurs mois de procédure, le tribunal des affaires de Sécurité sociale de Guéret (Creuse) a reconnu la maladie de Lyme d'Eric Oden, comme une pathologie professionnelle. Une première en France. La mutualité sociale agricole (MSA), qui avait refusé sa demande d’indemnisation, a été condamnée par le tribunal à lui verser 1200 euros.

Ce technicien de la forêt à la fédération de la chasse en Creuse est atteint de la maladie de Lyme depuis 4 ans, notamment parce que son emploi l'oblige à être au régulièrement en contact avec des animaux porteurs de tiques. "Les symptômes sont multiples : douleurs articulaires, tremblements et troubles neurologiques - perte de mémoire, état dépressif", explique-t-il à France 3 Nouvelle-Aquitaine. Selon lui, cette décision de justice démontre "que la maladie chronique existe. Il faut qu’on évolue sur la prise en charge en France. Ça devient catastrophique", estime-t-il.

"30 pathogènes qu’on ne connaît pas encore"

Le 15 mai, des scientifiques de l’Institut national de recherches agronomiques (Inra) ont fait le point sur leurs recherches : "entre 30 et 40 bactéries et quelques virus peuvent être transmis par les tiques en Europe", explique Muriel Vayssier-Taussat, la plus connue de ces bactéries étant la Borrelia, responsable de la maladie de Lyme.

"Selon les régions, entre 5 et 25 % des tiques sont porteuses de Borrelia, mais elles ne la transmettent pas forcément. Et si elles la transmettent, il y a environ 8 % de risque de tomber malade". La chercheuse reconnait que la tique est responsable de nombreuses maladies dont la communauté scientifique n'a pas encore connaissance. "Il ne faut pas oublier qu’il y a au moins 30 pathogènes qu’on ne connaît pas encore", explique Magalie René-Martellet, vétérinaire spécialiste en parasitologie.

Comment éviter les morsures ?

Il est important de se protéger contre les piqûres de tiques, notamment en portant des vêtements clairs afin de les distinguer plus aisément sur le tissu, des chaussures fermées, de se couvrir la tête et de privilégier les chemins dégagés plutôt que les hautes herbes. N'oubliez pas d'inspecter attentivement chaque personne après une balade à risque, de même que les animaux de compagnie.

Si vous avez été piqué, il est urgent de retirer rapidement la tique, si possible dans les 12 à 36 heures qui suivent la morsure. Un tire-tique (vendu en pharmacie) est indispensable pour la retirer en la saisissant dans le sens de l'axe de son corps (afin de retirer le corps entier) et en la faisant pivoter dans le sens inverse des aiguilles d'une montre.

Crédit : andriano_cz/iStock

Ce geste doit être effectué avec délicatesse afin que la tique ne vomisse pas sous votre peau les éventuelles bactéries qu'elle transporte. N'hésitez pas à vous aider d'une loupe et à désinfecter la zone une fois la tique retirée. Vous devrez tout de même surveiller la morsure pendant un mois afin de vous assurer qu'une plaque rouge ne s'y développe pas. Si tel était le cas, consultez rapidement un médecin. 

Le Grand Est, la région la plus touchée

Chaque année, la maladie de Lyme fait près de 2200 cas en Alsace, selon l'étude "Alsa(ce)tique" publiée le 29 mars par l'Agence Régionale de Santé Grand-Est. Menée par l'agence Santé publique France sur la période de 2014-2015, la recherche révèle que le nombre de nouvelles personnes atteintes par la maladie est estimé à 117 cas pour 100 000 personnes dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin, soit une incidence plus de deux fois supérieure à la moyenne française (51 cas / 100 000 habitants en 2015).

Si l'enquête ne tient pas compte des cas recensés en Lorraine, d'autres méthodes de calcul menées par le réseau Sentinelles estime le taux d'incidence annuel moyen de la maladie en 2016 à 332 cas pour 100 000 habitants en Lorraine. En 2015, l'ARS Grand-Est a lancé une campagne de sensibilisation pour inciter les habitants à redoubler de vigilance, en affichant notamment des panneaux d'information à l'entrée des forêts.