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Prurit

Des chercheurs découvrent un nouveau traitement contre les démangeaisons chroniques

Par Charlotte Arce

Une nouvelle étude met en lumière les découvertes en matière de soulagement du prurit. Selon les chercheurs, un nouveau médicament appelé chlorhydrate de nalfurafine pourrait être efficace contre plusieurs types de démangeaisons chroniques qui ne répondent pas aux traitements traditionnels comme les antihistaminiques.

Tharakorn/iStock

Sensation de démangeaison intense et qu’aucun grattage ne vient soulager : le prurit est un effet secondaire courant des opioïdes que prennent les patients pour soulager leur douleur ou qui luttent contre la dépendance.

Une nouvelle molécule appelée chlorhydrate de nalfurafine pourrait prochainement leur venir en aide pour calmer ces démangeaisons chroniques. Pour le moment approuvé à la vente au Japon sous le nom de marque Remitch, ce nouveau médicament vise à soulager les démangeaisons chez les patients dialysés atteints d’une maladie rénale chronique ou chez ceux atteints d’une maladie hépatique grave.

Une baisse significative de la sensation de démangeaison

Selon une nouvelle étude publiée dans la revue Cell Reports, le chlorhydrate de nalfurafine pourrait être efficace contre plusieurs types de démangeaisons chroniques qui ne répondent pas aux médicaments conventionnels comme les antihistaminiques en ciblant les récepteurs opioïdes kappa qui se trouvent sur les neurones de la moelle épinière.

Alors que d'autres récepteurs opioïdes sur les mêmes neurones peuvent accélérer les démangeaisons, cette nouvelle étude montre que l'activation du récepteur kappa fait au contraire baisser significativement les démangeaisons.

"Les récepteurs opioïdes kappa activent une voie qui ralentit l'activité du récepteur peptidique libérant de la gastrine (GRPR pour gastrin-releasing peptide receptor, ndlr), que notre laboratoire a déjà identifié comme étant le premier gène de la démangeaison", explique le Pr Zhou-Feng Chen, directeur du Center for the Study of Itch de la Washington University School of Medicine, à St Louis. "Ce gène relaie les signaux de démangeaison de la colonne vertébrale au cerveau."

Les chercheurs ont testé son efficacité sur des souris traitées avec une substance leur donnant des démangeaisons ou génétiquement modifiées pour développer du prurit chronique. Ils se sont rendu compte qu’en injectant directement le médicament dans la moelle épinière des animaux, elles se sont considérablement moins grattées.

L’équipe de scientifiques a aussi découvert qu'environ la moitié des neurones de la moelle épinière qui transmettent des signaux de démangeaison ont des récepteurs opioïdes kappa et que lorsque ces récepteurs sont activés, ils inhibent le GRPR.

Une administration par injection dans la moelle épinière

Se pose désormais pour les chercheurs une difficulté : réussir à administrer le médicament autrement qu’en l’injectant dans la moelle épinière pour soulager les patients souffrant de démangeaisons chroniques et ce, quelle qu’en soit la cause. L’équipe du Pr Chen se montre cependant optimiste : maintenant qu’elle a trouvé comment calmer le prurit, elle va tenter d’activer ces mêmes récepteurs opioïdes kappa par d’autres moyens. Ou, comme le précise le principal auteur de l’étude, se focaliser en aval sur les molécules activées lorsque les récepteurs kappa sont ciblés. 

"Certaines molécules en aval du récepteur kappa peuvent aussi être capables de calmer les démangeaisons sans causer les effets secondaires indésirables qui peuvent se produire lorsque les médicaments activent le récepteur kappa dans des parties du corps à l'extérieur de la moelle épinière", détaille le Pr Chen.

Le travail de l’équipe de recherche est désormais de savoir si ces stratégies fonctionneront chez la souris, dans l’espoir que les mêmes molécules puissent éventuellement être utilisées de manière thérapeutique chez les personnes souffrant de démangeaisons chroniques.