ACCUEIL > QUESTION D'ACTU > Blanchiment du pénis et du vagin : les médecins tirent la sonnette d'alarme

Le culte de la blancheur

Blanchiment du pénis et du vagin : les médecins tirent la sonnette d'alarme

Par Chloé Savellon

Depuis quelques mois, un hôpital thaïlandais propose de se faire éclaircir le pénis et le vagin. Inquiets, les médecins mettent en garde contre les dangers d'une telle pratique. 

sumnersgraphicsinc/istock
Après l'engouement suscité par l'allongement du pénis, une technique médicale de chirurgie encore plus insolite a récemment vu le jour en Thaïlande : le blanchissement du pénis. Aussi possible pour le vagin. Proposée par le Lelux Hospital, cette intervention a été rendue populaire par la diffusion d'un clip vidéo sur la page Facebook de l'établissement hospitalier début janvier. La vidéo montre un patient dans une salle d'hôpital près de Bangkok, les jambes écartés, en train de se faire blanchir le pénis. Chaque mois, l'établissement rencontrerait une centaine de personnes (âgées de 22 à 55 ans) désireuses de se faire blanchir le pénis ou le vagin. 
Une affluence due au culte de la blancheur. Dans certains pays d'Asie comme la Thaïlande, les couleurs de peau sont associées aux classes sociales dans l'inconscient collectif. La croyance populaire définit le teint foncé comme celui des personnes exposées au soleil, qui travaillent dans les champs et par définition, qui sont pauvres. 

"Je me sens beaucoup plus confiant en sous-vêtements"

Les initiateurs de cette formule de chirurgie esthétique y trouvent donc leur compte. Ils précisent le tarif sur leur page Facebook : 650 dollars pour 5 séances de laser sur le pénis, soit environ 539 euros. "Cette opération de chirurgie esthétique est populaire chez les hommes gays et les travestis qui prennent soin de leurs parties intimes et veulent être beaux sur tout le corps", a déclaré Popol Tansakul, directeur du marketing du Lelux Hospital. 
Partagée plus de 19 000 fois sur le réseau social, la publication a suscité un véritable buzz, avec des réactions mitigées de la part des internautes : certains se sont indignés de cette pratique, d'autres s'en sont amusés.  "Je me sens beaucoup plus confiant en sous-vêtements et en maillot de bain", a déclaré un patient à la BBC.

Le gouvernement thaïlandais met en garde 

Mais les autorités sanitaires, elles, tirent la sonnette d'alarme. Dans un communiqué, le ministre de la santé thaïlandais a mis en garde contre les risques d'une telle intervention qui peut aboutir à des brûlures, des cicatrices, des taches ainsi que d'éventuelles effets secondaires sur le système reproducteur masculin. Un avis partagé par les médecins occidentaux.
"La peau de la verge est extrêmement spécifique, elle est fine et a certaines spécificité hormonales. Je fais beaucoup de chirurgie intime, y compris en recréant des verges pour des transsexuels. Et les verges à la peau très blanche sont vues comme un défaut de reconstruction car cela a un aspect qui n'est pas naturel", a expliqué le chirurgien esthétique français Fabien Boucher lors du congrès annuel Imcas qui se tient actuellement au Palais des congrès de Paris. 

Le phénomène touche aussi la France 

En Thaïlande, le blanchiment de la peau s'apparente à un véritable culte. Si la tendance de s'éclaircir la peau de la verge est toute nouvelle- elle a été lancée il y a environ trois mois- elle a déjà séduit une centaine de patients, indiquent les responsables marketing du Lelux Hospital. Signe de richesse matérielle et d'appartenance à une classe sociale aisée en Thaïlande, la peau blanche est considérée comme un gage esthétique très fort, largement encouragé par les nombreuses publicités de marque et les stars asiatiques qui arborent fièrement leur teint translucide. Mais le phénomène de dépigmentation de la peau dépasse largement les frontières thaïlandaises. Rien qu'en Asie, ce nouveau business représenterait 18 milliards de dollars (ce chiffre comprend les produits cosmétiques dépigmentants et les opérations de chirurgie esthétique). 

D'après un rapport de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les produits cosmétiques destinés à éclaircir la peau sont également très répandus dans certains pays d'Afrique (Togo, Sénégal, Mali), ainsi qu'en Amérique du Nord et en Europe. Et la France n'échappe pas au phénomène. À tel point qu'en avril 2016, l'Agence nationale de santé du médicament (ANSM) a interdit les produits de blanchissement de peau administrés par voie injectable.

Mais d'autres produits cosmétiques dépigmentants contenant des substances dangereuses pour la peau circulent encore dans l'Hexagone, comme l'indique cette liste de la DGCCRF. C'est notamment le cas des crèmes à base d’hydroquinone. Utilisés à outrance, ces produits peuvent laisser des marques indélébiles sur la peau. Les tâches tant redoutées apparaissent et ne s’effacent pas, la peau s’atrophie et ne cicatrise plus, et des infections cutanées comme l'acné, la gale ou les mycoses peuvent parfois surgirent quelques temps après l'application de ces crèmes.