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QUESTION D'ACTU

Phénomène d'ampleur

Eclaircir sa peau : une pratique dangereuse mais répandue

Pour s'éclaircir la peau, les femmes et les hommes noirs n'hésitent pas à utiliser des produits très dangereux pour la santé. Une pratique répandue qui n'épargne pas la France.

Eclaircir sa peau : une pratique dangereuse mais répandue HADJ/SIPA

  • Publié 11.05.2015 à 07h58
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Le rêve de la peau claire, du teint uni et sans tache pousse des milliers de personnes à s’intoxiquer. Pendant des années, plusieurs fois par jour, des femmes noires, mates, métissées ou asiatiques s’appliquent à éclaircir leur peau foncée à coup de crèmes, gels ou laits corporels. « Impossible de dépigmenter une peau saine sans utiliser des produits dangereux pour la santé », prévient Antoine Petit, dermatologue à l’hôpital Saint Louis à Paris. Pourtant, cette pratique risquée, portée par le diktat de la beauté blanche, prend de l’ampleur. Et la France n’est pas épargnée. 

Pour lutter contre ce phénomène, des pays réagissent. Dernier en date, la Côte d’Ivoire qui a annoncé, la semaine dernière, l’interdiction de fabriquer « des produits cosmétiques éclaircissants ou d’hygiènes contenant de l’hydroquinone au-delà du seuil de 2 %, le taux internationalement admis (seuil autorisé aux États-Unis mais pas en Europe, ndlr), du mercure et ses dérivées, des corticoïdes, de la vitamine A… »
En Europe, ces produits blanchissants sont illicites mais ils se retrouvent, tout de même, sur le territoire. Dans un rapport de 2011, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) révélait que sur plus de 160 produits analysés, environ 40 % contenait ces substances interdites.

Des produits détournés de leur usage

Bien que la décision ivoirienne marque une étape importante, les personnes ayant recours au blanchiment pourront toujours se procurer ces produits d'une autre manière. « La Côte d’Ivoire n’est pas le seul producteur. Il s'en fabrique dans beaucoup d'endroits, officiellement ou clandestinement », avertit Antoine Petit, qui a participé à une campagne de sensibilisation initiée par la Mairie de Paris en 2009. Les corticoïdes, par exemple, sont des médicaments autorisés en France. Ils sont très efficaces pour traiter l’eczéma ou le psoriasis. Mais les adeptes de la dépigmentation détournent ce produit de son usage médical pour les mélanger à leur crème de beauté.

Par ailleurs, les produits cosmétiques illégaux se retrouvent sur le territoire européen grâce à des circuits de distribution bien organisés. « D’après mon expérience la majorité des dermocorticoïdes (clobetasol) utilisés sont des produits importés illégaux en France comme les produits l'Abidjanaise, Edguard, Movate cream, Bio Claire… » On les trouve notamment dans des boutiques dédiées dans les quartiers de la capitale tels que Barbés, Strasbourg-St Denis, Château-Rouge…

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Des substances toxiques dissimulées

Pour bon nombre de ces produits, venus des États-Unis, d’Afrique et même d’Europe, les substances toxiques ne sont pas indiquées sur les emballages, « dissimulant ainsi de façon illégale à l’utilisateur leur composition réelle », souligne l’ANSM.
Pire, certains indiquent « sans hydroquinone » alors qu’ils en contiennent à des doses 3 fois supérieures à celle autorisée aux États-Unis ! Des crèmes ivoiriennes, comme celles de la gamme Skin Light peuvent en contenir jusqu’à 6 %. Depuis 2000, l'Europe interdit l'hydroquinone dans les produits cosmétiques. 

L’achat sur Internet est également un moyen de se procurer ces produits en toute discrétion. « Mais beaucoup sont frelatés et issus de la contrefaçon », rappelle Catherine Oliveres-Ghouti, dermatologue à Paris. S’ils peuvent s’avérer inefficaces, ils peuvent aussi être très dangereux.
Les promesses faites alors par ces gels, laits corporels ou savons, dénichés dans l’arrière boutique d’une épicerie ou sur des sites de vente en ligne, laissent place à des dégâts irréversibles. « Les complications les plus fréquentes et les plus sévères sont en rapport avec l’usage des produits à base de corticoïdes », constate l’Agence du médicament.

« La peau n’est pas imperméable »

Utilisés à outrance, ces derniers laisseront des marques indélébiles sur la peau. Les taches tant redoutées apparaissent et ne s’effaceront pas, la peau s’atrophie et ne cicatrise plus, des boutons et de l’acné surgissent accompagnés des poils disgracieux, le corps est zébré par des vergetures, des infections cutanées comme la gale ou les mycoses apparaissent ou empirent…

« La peau n’est pas imperméable, lorsque vous appliquez une crème qui contient des corticoïdes, de l’hydroquinone ou des sels de mercure pendant longtemps et sur une surface importante cela va causer des dommages aux reins », avertit la dermatologue.
Ainsi, au-delà de cette peau abîmée et détruite, ces substances peuvent provoquer une insuffisance rénale, faire apparaître ou aggraver un diabète et une hypertension artérielle. « Le mercure et ses dérivés, lorsqu’ ils passent dans le sang, peuvent entraîner des complications neurologiques et rénales graves », ajoute Antoine Petit.

Pourtant malgré tous ses dangers, les victimes de ces produits sont peu nombreuses à aller consulter un spécialiste. Selon l’ANSM, 13 déclarations d’effets indésirables liés à l’utilisation d’un produit dépigmentant illicite ont été enregistrées depuis 2004. « Il existe souvent de la part des utilisatrices une certaine réticence à admettre une pratique dont elles savent qu’elle est réprouvée par le corps médical du fait des risques engendrés », notait l’Agence. Ce sentiment de culpabilité semble renforcer cette pratique taboue dissimulée par un secret de Polichinelle empoisonné. 

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