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En modifiant l’action d’une protéine

Alcool : une thérapie génique pour freiner l'addiction

Par Audrey Vaugrente

Des chercheurs américains ont mis au point une thérapie génique censée limiter le risque d'addiction à l'alcool. Elle agit sur l'assimilation de la substance dans le foie.

ronstik/epictura

Et si la solution à l’alcoolisme résidait… dans les gènes ? L'idée peut sembler étonnante, mais elle est testée par une équipe de l’université de Caroline du Nord (Etats-Unis). Cinq chercheurs y développent actuellement une thérapie génique, dont les premiers résultats sont publiés dans Human Gene Therapy. L’approche consiste à modifier l’action d’une protéine chargée de dégrader l’alcool ingéré.

En France, l’alcool fait partie du quotidien. Il est de toutes les soirées, ou presque. Mais pour une personne sur dix, cette consommation relève de la dépendance. Y mettre fin est particulièrement difficile et les échecs nombreux. Des traitements médicaux existent, mais leurs effets secondaires sont lourds, leur efficacité partielle.

Un processus en 2 étapes

Ce manque de solutions a poussé les scientifiques américains à se tourner vers la thérapie génique. « Les facteurs de risque génétiques représentent 70 % du risque d’alcoolisme, ce qui est trop peu connu », souligne Terence Flotte, rédacteur en chef de Human Gene Therapy. Ici, ce sont les gènes régissant l’action des cellules du foie qui ont été modifiés.

A l’aide d’un vecteur, introduit dans les cellules ciblées, l’activité génétique peut être modifiée durablement. Dans le cas de l’alcoolisme, les chercheurs se sont intéressés à celui qui code l’enzyme ALDH2. Il s’agit de l’une des deux principales protéines qui dégradent l’alcool dans le foie. Son expression a été inhibée grâce à l’ajout d’un fragment d’ARN en laboratoire.

En temps normal, l’éthanol est traité par le foie en deux étapes. Il est d’abord dégradé en acétaldéhyde, puis en acétal. C’est ce qui permet de limiter les effets toxiques de cette substance. Mais ce processus est perturbé par la thérapie génique. Elle a permis de réduire l’activité d’ALDH2 à hauteur de 90 %. Résultat, la concentration en acétaldéhyde est augmentée de moitié dans les cellules du foie.

Rougeurs, palpitations, vertiges

Ça n’est pas au hasard que les chercheurs américains se sont tournés vers cette stratégie. En Asie, la moitié de la population est porteuse d’une mutation qui touche le même gène, ALDH2. Chez ces personnes, l’enzyme du même nom est donc peu présente… et la sensibilité aux effets toxiques de l’alcool plus forte.

De fait, l’accumulation d’acétaldéhyde dans l’organisme provoque des effets bien connus de ceux qui ont déjà été ivres. Palpitations, vertiges, rougeurs au niveau des joues… Des signaux désagréables, mais le plus souvent tempérés par la sensation de légèreté qu’offre l’alcool.

En augmentant la présence de l’acétaldéhyde, l’équilibre est rompu. Ce qui, chez un être humain, se traduirait par un malaise plus prononcé, à de plus faibles doses. Mais cela devra encore être confirmé. Pour l’heure, les chercheurs en sont restés au stade de la paillasse. A l'heure actuelle, rien ne permet d'affirmer que cela sera une solution à la dépendance que peut occasionner l'alcool. Il semble, en revanche, plus difficile de la développer.