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Séquençage génétique

L’ADN du tardigrade révèle les secrets d’un animal presque immortel

Par Suzanne Tellier

Des chercheurs ont séquencé le génome du tardigrade, un animal microscopique capable de résister à presque tout.

rukanoga/epictura

Trop fort, le tardigrade. Ce microscopique animal ne laisse pas de surprendre. C’est qu’il est doté de capacités extraordinaires : il résiste sans sourciller à des températures extrêmes – de 0 à 150 °C – mais aussi au vide de l’espace et à des pressions particulièrement élevées (plusieurs milliers d’atmosphères). Il a d’ailleurs été envoyé dans l’espace, d’où il est revenu intact. Irradié de rayons X à des doses qui tueraient la plupart des espèces de la planète, « l’ourson d’eau » (c’est son petit surnom) survit tranquillement. C’est probablement l’animal le plus résistant au monde.

Quand il semble à bout, privé d’eau, desséché depuis trois décennies, il n’a en réalité pas dit son dernier mot : il ressuscite à la première goutte de pluie. Cette espèce quasi immortelle ferait ainsi pâlir d’envie l’ensemble du règne vivant, avec ses facultés d’adaptation hors du commun.

Des protéines magiques

Mais comment fait-il ? Rongée par la curiosité, mêlée peut-être de jalousie, une équipe de chercheurs a entrepris de décortiquer le fonctionnement du tardigrade. L’objectif était notamment d’expliquer son extrême résistance à la sécheresse. Le séquençage de l’ADN qu’ils ont entrepris sur deux espèces a parlé. Les résultats de cette analyse ont été publiés dans la revue PLOS Biology.

Selon les chercheurs, les conditions d’extrême sécheresse ont pour conséquence d’activer certains gènes du tardigrade, qui produisent des protéines. Celles-ci agissent comme un biomatériel : elles permettent de remplacer l’eau manquante dans les cellules de l’animal. Une fois que l’humidité est de nouveau disponible, les cellules se gorgent d’eau et les protéines se dissolvent.

Les scientifiques pensent que ces résultats pourraient avoir des implications intéressantes pour l’humain. En effet, en synthétisant cette protéine, il serait possible de conserver des vaccins sans même les réfrigérer et les transporter ainsi à travers le monde, par exemple.

Une origine mystérieuse

Le séquençage génomique du tardigrade n’en est qu’à ses balbutiements, mais il ouvre de très nombreuses perspectives. En effet, en isolant les gènes impliqués dans ses différentes formes de résistances, les applications pourraient être multiples et inédites.

Reste une question irrésolue : d’où vient le tardigrade ? Il est présent partout sur la planète mais nul ne saurait expliquer pourquoi la nature a pourvu cet animal de facultés d’adaptation bien supérieures à celles qu’exige l’environnement terrestre. Certains supputent : l’ourson d’eau viendrait de l’espace. Des fossiles de cet animal ont été retrouvés, datant de l’explosion cambrienne (apparition soudaine d'espèces pluricellulaires, il y plus de 500 millions d’années). Une chose est sûre : le tardigrade nous enterrera tous…